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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/170

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celles-là mêmes d'où dépendent toutes les autres ? Cette science a donc l'infirmité singulière d'en être, aujourd'hui encore, à chercher sa voie, à attendre une vérité de quelque importance qui soit uni- versellement admise. Aussi l'histoire de la philosophie est-elle l'objet des interprétations les plus diverses. Tandis que M. Zeller la construit étage par étage, de manière à en former un édifice harmonieux et solide, tel philosophe 1 estime que l'ancienne physique est, en somme, supérieure à toute la philosophie ultérieure, laquelle n'a eu d'autre rôle que de montrer l'impuissance de la méthode subjective à atteindre le but objectif, judicieusement posé par les premiers phy- siciens. Tel autre 2 met hors de pair l'antique Heraclite, pour avoir entrevu l'identité de l'être et du non-être. Les matérialistes ne voient pas que la philosophie proprement dite ait sérieusement progressé depuis Démocrite. Les panthéistes trouvent l'hylozoïsme antique très-supérieur au dualisme cartésien. Chacun, en un mot, apporte à l'étude de l'histoire de la philosophie des opinions personnelles, et place l'apogée de la philosophie à ce point, voisin ou reculé, de l'es- pace et du temps, où s'est réalisée la doctrine qui lui agrée le plus.

Vient-on, d'ailleurs, à considérer un système philosophique quel- conque, même moderne, on est frappé de la différence qu'il pré- sente avec une œuvre véritablement scientifique. Si la philosophie d'Aristote est, aujourd'hui encore, pleine de mystères, pouvons- nous dire que le système de Kant soit uniformément compris? Nous assistons en ce moment à une réforme du Kantisme tendant à établir que les principes du maître ont été faussés par ses conti- nuateurs, et que c'est le réalisme, non l'idéalisme, qui est le fruit légitime de la critique kantienne. Il arrive à Kant, conformément à une loi qu'il a lui-même posée, ce qui arrive à tous les grands philo- sophes : chacun y trouve, en définitive, ce qu'il y cherche, chacun y voit ce qu'il y met. Le texte qu'il nous offre demande à être inter- prété par un esprit ; et l'esprit n'y rencontre point ces formules et ces raisonnements véritablement scientifiques, qui enchaînent sa liberté. La littérature a une part, et une part importante, jusque chez un philosophe aussi sévère que Kant ; et les magnifiques invo- cations de l'homme d'honneur au devoir et à la vertu désintéressée sont peut-être des arguments plus puissants que les subtiles déduc- tions du logicien et du critique. Reste-t-il bien sur le terrain de la science, celui qui, pour définir la marche générale de sa philoso-

1. Lewes, The history of Phil., 1, 103, et pass.

2. Lassalle.

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