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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/168

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conservée par la liberté. Or la liberté peut bien s'adapter de plus en plus à son objet, mais elle ne saurait s'y anéantir, sans que disparût avec elle la réalité de l'objet lui-même ; et tant qu'elle sub- siste à titre de liberté, elle possède une infinité et une indifférence entre les contraires qui débordent l'idéal de la vérité : elle reste sus- ceptible d'action contingente inadéquate à son objet. D'ailleurs, con- sidérée en elle-même, la vérité, qui n'est autre chose que la réduc- tion à l'unité d'une multiplicité infinie, se refuse à une complète et définitive réalisation.

La nature des choses ne comporte donc qu'un progrès indéfini, où, de plus en plus, la liberté se détermine, et la vérité se réalise, sans que jamais la première fasse entièrement place à la seconde. « C'est ainsi, dit M. Zeller *, que l'histoire se meut entre la liberté et la nécessité, lesquelles agissent et réagissent l'une sur l'autre. Des libres actions de l'individu se forme, par l'anéantissement spon- tané du contingent, la trame de la nécessité. La culture libre et individuelle du sol que nous lègue le passé, y dépose les germes de créations nouvelles. Et comme ces créations à leur tour sont l'œuvre d'une libre nécessité, elles portent en elles, avec l'imper- fection de l'être particulier , la tendance vers un développement ultérieur. En croisant et séparant tour à tour les fils de sa toile, le Génie de l'histoire met au jour et développe la multitude infinie des formes qui se cachent, indistinctes, au fond de la nature humaine. »

Aussi ne voyons-nous, ni l'ensemble de la philosophie grecque, ni même l'ensemble de la philosophie jusqu'à nos jours présenter l'aspect d'un cercle qui, brusquement ouvert à l'origine, arriverait à se fermer complètement. L'être ne se développe qu'à l'aide d'un principe qui le dépasse lui-même ; et quand il a amené sa nature au point de perfection dont elle était capable, cette nature ne lui suffit plus : il a maintenant une idée claire du principe supérieur dont il s'est inspiré, et c'est ce principe même qu'il a désormais l'ambition de développer. L'ancienne physique obéissait, sans le savoir, à l'attrait du suprasensible. En même temps qu'elle attei- gnit son apogée, l'idée du voïïç pénétra dans la conscience réfléchie et réclama un développement spécial. La philosophie logique de la seconde période n'était pas achevée, que le principe moral, de plus en plus impérieux , opérait avec succès la révolution qu'il avait essayée prématurément, dès les débuts de la période, avec les cyni- ques et les cyrénaïques. La philosophie grecque succombe enfin, sous un dualisme qui la dépasse. Ce dualisme, à son tour, après

1. Theol. Jahrb. VI, 257.

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