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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/139

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NAVILLE. — PRINCIPES DIRECTEURS DES HYPOTHÈSES 129

« n'avaient plus voulu d'autres guides que l'observation et l'expé- « rience. Cette méthode les avait conduits à établir entre les diffé- « rentes parties des sciences des distinctions bien tranchées qui « faisaient de chacune un tout complet et isolé. Ainsi, la lumière, la « chaleur, l'électricité, le magnétisme, l'affinité chimique, étaient « considérés comme les effets d'agents distincts doués de propriétés « spéciales. Ce n'est pas à nous, qui en avons largement profité, de « méconnaître les grands résultats qu'a produits, entre les mains de « tant de savants illustres, cette analyse rigoureuse et serrée des « phénomènes de la nature.

« Mais, à partir de 1815, une nouvelle direction est imprimée à la « marche de la science : au besoin de distinguer vient se substituer « celui de rapprocher. Deux faits scientifiques sont la première « manifestation de cette nouvelle tendance, et inaugurent brillam- « ment le début de ce demi-siècle dont nous touchons aujour- « d'hui le terme. Je veux parler des recherches si remarquables par « lesquelles Fresnel réussit à démontrer d'une manière irréfragable « ce qui n'était encore que soupçonné, à savoir que la lumière n'est « que le résultat d'un mouvement, et de l'importante découverte par « laquelle Œrsted parvint à établir la liaison entre l'électricité et le « magnétisme. Ce fut là le double point de départ des nombreux « travaux qui, aboutissant de nos jours à la théorie mécanique de la « chaleur, ont fait découvrir entre les différentes forces physiques « des rapports multipliés, et substituer dans l'idée qu'on doit se faire « de leur nature , la notion de mouvement à celle d'agents dis- « tincts. Nous pouvons même entrevoir déjà le moment où elles a arriveront à n'être plus considérées que comme des ^modifications « d'une force unique, et où un nouveau Laplace pourra, comme « l'auteur de la mécanique céleste l'a fait pour les phénomènes du « ciel, ramener aux lois de la simple mécanique tous les phénomènes « de la nature inorganique ' . »

Laplace avait signalé lui-même, soit dans son Calcul des pro- babilités, soit dans son Exposition du Système du Monde, la pos- sibilité d'arriver un jour à ramener à l'unité supérieure d'une mé- canique universelle le mouvement moléculaire et le mouvement des astres.

L'importance exceptionnelle des travaux de Fresnel doit fixer l'attention sur les procédés logiques à l'aide desquels il a établi, ou plutôt, ainsi qu'il le reconnaît lui-même loyalement, renouvelé et

1. Discours prononcé, le 21 août 1856, à l'ouverture de la quarante-neuvième session de la Société helvétique des sciences naturelles, pages 3 et 4. tome îv. — 1877. 9

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