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h. lachelier. — la métaphysique de m. wundt

prend ainsi comment la volonté arrive à produire des résultats qui dépassent infiniment ce qu’elle prévoyait et pouvait prévoir. Elle ne prévoit jamais, au moins chez l’animal, que l’acte immédiat, le perfectionnement qu’elle veut ajouter au mécanisme déjà formé, lorsqu’il se trouve insuffisant, l’organisation se produit ainsi dans le monde matériel et progresse continuellement sans jamais avoir été représentée à l’avance dans une idée adéquate aux effets obtenus, et pourtant cette organisation n’est en rien l’effet du hasard, elle résulte des efforts, continués pendant des séries de générations, de la volonté qui veut obstinément se conserver et se développer[1].

Cette théorie de la finalité nous conduit jusqu’aux limites qui séparent la théorie de la connaissance de la métaphysique, la doctrine de l’entendement de la doctrine de la raison. L’entendement, pour relier les phénomènes dans des systèmes clos, a besoin de l’idée de fin et, pour concevoir la finalité, il recourt à l’hypothèse de l’action de la volonté sur le monde. Mais il admet cette action sans la comprendre, parce qu’il a rendu inconcevable toute communication entre les deux mondes qu’il a séparés, celui de la nature et celui de l’esprit. Seule la raison, en se plaçant à un autre point de vue que l’entendement, peut retrouver l’unité des choses et comprendre ce qui est inintelligible pour l’entendement. La science pose des problèmes qui sont insolubles pour elle, mais la métaphysique peut espérer, par une méthode nouvelle, résoudre ces problèmes.

V. — La Métaphysique.

La science est l’œuvre de l’entendement (Verstand). Le rôle de l’entendement dans la connaissance humaine est de rendre intelligibles les données de l’expérience : nous avons vu que l’entendement s’acquitte de cette tâche en formant des concepts hypothétiques, comme ceux de la substance, de la cause et de la fin, qui permettent de ramener les faits à un principe unique d’explication. L’entendement fonde ainsi un système de la connaissance physique

  1. Dans la Logique et dans l’Éthique, M. Wundt, pour expliquer comment l’action de la volonté sur le monde peut produire des résultats aussi disproportionnés avec les intentions de cette volonté, invoque un principe qu’il appelle principe de l’Hétérogonie des fins. M. Wundt veut dire par ces mots que la volonté produit toujours, outre les effets qu’elle désire, d’autres effets qu’elle ne prévoyait pas. Ainsi quand un animal, pour se conserver, pour vivre, répète fréquemment les mêmes mouvements, il fortifie petit à petit les muscles qu’il contracte, les os sur lesquels ces muscles s’insèrent, les centres nerveux qu’excitent ces muscles. Évidemment tous ces résultats de l’acte volontaire n’ont pas été voulus et pourtant ils permettent au vivant d’atteindre de plus en plus facilement ses fins.