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B. PEREZ.l’âme de l’embryon, etc.

IV

M. Preyer a fait une minutieuse étude des divers mouvements impulsifs, réflexes, instinctifs, qui amènent peu à peu l’enfant à des mouvements volontaires et réfléchis. Ce chapitre est une très utile contribution à la psychologie générale de la volonté et à sa genèse chez l’enfant. La volonté ne peut apparaître que lorsque les trois sortes de mouvements ci-dessus indiqués se sont bien répétés et variés, que les sensations sont bien nettement perçues et localisées, que les représentations intellectuelles se sont assez bien constituées pour jouer un rôle excito-moteur. Ce résultat est possible seulement après les trois premiers mois. La volonté se développe progressivement. « Les mouvements qui sont maintenant voulus, comme aussi les perceptions qui seront plus tard voulues, ont été exécutés depuis longtemps et très fréquemment, d’abord involontairement, à la suite d’un accroissement d’excitabilité des organes nerveux centraux et des chemins d’association en voie de développement, puis chacun pour soi, isolément, d’où sont nées des représentations, puis enfin l’un et l’autre ensemble. » M. Preyer fixe, à la seizième semaine pour son enfant, au quatrième ou au cinquième mois d’une façon générale, le premier acte évident de volonté, celui de tenir droite la tête, qui, auparavant, ne cessait de brandiller en tous sens, à l’état de veille.

Le mouvement de préhension de la main est des plus importants pour le développement psychique. Il consiste en plusieurs sortes de mouvements : tout d’abord, le déplacement des mains de côté et d’autre, vers le visage, en particulier, est inné, impulsif, et provient de l’attitude qu’a le fœtus durant la vie intra-utérine. Le mouvement de reploiement des doigts autour d’un objet quelconque — un doigt posé dans la main de l’enfant dans les premiers temps — est un pur réflexe. L’acte de conserver d’une façon distraite (chez l’adulte) ou mécanique, dans la main, l’objet qui y a été posé, constitue un mouvement inconscient, instinctif ; chez l’adulte, il est devenu inconscient, il n’est plus conscient ; chez l’enfant, il n’est pas encore conscient. Pour la préhension, l’opposition du pouce se produit quand l’objet est placé de telle façon que la main, agitée de ci de là, le saisit par hasard. La durée de la préhension étant plus longue dans ce cas que dans celui du réflexe, et l’attention s’y arrêtant, il n’est pas inconscient, mais il n’est pas encore volontaire. « L’enfant n’étend pas encore ses bras, mais il veut retenir l’objet que sa main a rencontré par hasard. Il le voit et s’en forme une représentation intellectuelle. De l’acte de fixer l’objet