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Page:Revue philosophique de la France et de l'étranger, VIII.djvu/567

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DE L’ORIGINE DES RELIGIONS

F. Max Müller, Origine et développement de la religion étudiés à la lumière des religions de l’Inde (traduit de l’anglais par G. Darmesteter, I vol. in-8%, 1879, Reinwald). — Herbert Spencer, Principes de sociologie, t. I.


Des théories nouvelles ont été récemment émises sur l’origine et la formation des religions. On connaît la doctrine de M. Herbert Spencer qui, par un retour réfléchi à l’évhémérisme, ramène entièrement le culte des dieux au culte des ancêtres. Dans un livre qui vient d’être traduit en français, M. Max Müller expose une théorie bien différente, quoique non moins digne d’attention : selon lui, le développement de toutes les religions se réduit à l’évolution d’une seule et même idée, l’idée d’infini, qui dès l’abord aurait été plus ou moins présente à l’esprit de tous les hommes (1). Nous nous proposons d’étudier ici, puis d’apprécier rapidement la théorie de M. Max Müller; nous aurons à la rapprocher parfois de certaines pages des Principes de sociologie.

I

I. Le véritable sujet du dernier livre de M. Max Müller est l’histoire du développement de la pensée religieuse chez les Hindous ; mais cette histoire magistrale, qui s’efforce de reconstituer en ses périodes successives l’évolution de la foi aryenne, est encadrée dans des chapitres d’une portée beaucoup plus générale sur l’origine du sentiment religieux et sur le fétichisme, cette forme de la religion que


1. Déjà M. Max Müller avait exprimé ailleurs les mêmes idées (voir l’Intr. à la science de la religion, p. 17), mais sous une l’orme trop vague et peut-être trop littéraire. Aujourd’hui, il reprend cette théorie, la développe avec force, et en même temps corrige ce que la première expression avait d’exagéré. « Il est rare, dit-il, que j’approuve sans réserve ce que j’ai écrit à quelques années de distance. » Ce mot est d’un grand esprit, qui sait que la pensée doit toujours être progressive, que ceux là seuls ont des idées absolument immuables qui n’ont pas d’idées personnelles, et que les esprits de haut vol sont aussi ceux qui peuvent le mieux changer d’horizon.

TOME VIII. — Décembre 1879. 37