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analyses. — h. taine. De l’Intelligence.

bien grand ; mais ceux qui en acceptent les résultats, en totalité ou pour la plus grande partie, sont nombreux. Les nouvelles doctrines ont pénétré chez les savants, dans le public et, ce qui est plus étrange, dans l’enseignement. Les opposants eux-mêmes se croient obligés de les discuter et de les réfuter : ce qui est une autre manière de les répandre. Il était donc naturel que dans sa nouvelle préface, M. Taine indiquât comme il l’avait fait (p. 7 et suivantes) les théories qu’il a empruntées à d’autres auteurs et celles qu’il juge lui appartenir en propre et qui constituent son apport dans le mouvement psychologique contemporain.

Il insiste en même temps sur l’importance des monographies et il signale aux travailleurs plusieurs sujets qui sont de nature à les tenter. « Comme toutes les autres sciences expérimentales, la psychologie ne peut avancer que par des monographies détaillées et précises. » Il faudrait noter chez les enfants et avec les plus menues circonstances la formation du langage ; publier de nouveaux recueils de rêves et d’hallucinations hypnagogiques ; des lettres et des autobiographies écrites par des fous ; sténographier leurs conversations, comme l’a fait Leuret ; explorer les mystères du somnambulisme et de l’hypnotisme ; — enfin, « tout peintre, poète, romancier d’une lucidité exceptionnelle devrait être questionné et observé à fond par un ami psychologue. » On apprendrait de lui sa manière de voir mentalement les objets imaginaires.

M. Taine nous donne dans cette nouvelle édition quelques monographies de ce genre. Deux sont connues de nos lecteurs, puisqu’elles ont paru ici même[1] : la première sur l’acquisition du langage chez les enfants et dans l’espèce humaine, qui a obtenu un si vif succès et qui a provoqué les remarquables publications de Darwin, Pollock, B. Pérez, etc. ; la seconde, sur les éléments et la formation de l’idée du moi. — Deux autres monographies (inédites) sont consacrées à l’hallucination progressive avec intégrité de la raison et à l’accélération du jeu des cellules corticales. Ces diverses monographies ont été ajoutées sous forme de notes.

Dans le corps même de l’ouvrage, les principaux changements concernent le système nerveux et les travaux dont il a été l’objet dans ces derniers temps. Le paragraphe consacré à la géographie et à la mécanique des centres nerveux (livre IV, ch. I, § 8) donne une excellente vue d’ensemble de la hiérarchie de ces centres, de leur solidarité, du rôle du courant nerveux, enfin du jeu intime de la cellule, c’est-à-dire du mouvement de ses molécules, que l’auteur compare à une figure de danse et qui est, « autant qu’on peut le conjecturer, l’acte physiologique dont la sensation est le correspondant mental. »

Nous noterons dans l’un des paragraphes précédents (tome I, p. 278 et suiv.) une addition qui nous paraît très-importante sur les rapports

  1. Révue philosophique, tome I, p. 5 et p. 289.