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Page:Revue du Pays de Caux n5 novembre 1902.djvu/4

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REVUE DU PAYS DE CAUX

soixante-dix ans, l’œuvre féconde qu’avaient édifiée quatre siècles d’héroïques efforts.

Telles sont les leçons de l’histoire.

Que nous reste-t-il de la moisson de lauriers cueillis sur les champs de bataille du continent ? Que nous ont laissé les deux Napoléon qui furent de grands belliqueux, l’un parce que son tempérament l’y poussait et l’autre parce que son nom l’y condamnait ? C’est à Louis xvi que nous devons d’avoir repris le Sénégal. Ce sont des héroïsmes individuels, qui, pendant la Révolution, ont préservé la Réunion, recouvré la Guadeloupe et pris Sainte-Lucie. À Charles x nous devons Alger ; à Louis-Philippe, l’Algérie. Qu’ont laissé derrière eux les continentaux ?

Et voici pourtant qu’un second empire colonial s’est formé pour nous, presque aussi vaste que l’ancien, mieux dessiné peut-être, mieux équilibré et susceptible d’une prospérité plus grande.

Mais voici qu’en même temps s’esquisse la lutte terrible qu’un avenir prochain verra éclater au centre de l’Europe. Une seconde fois on va se battre pour la succession d’Autriche ; une seconde fois, pour quelques avantages problématiques, pour la chance d’un prestige incertain, nous risquerions de ruiner et de perdre nos colonies ?

Allons-nous donc les exposer à de nouveaux malheurs ? Allons-nous, comme un joueur incorrigible, jeter sur le tapis cet enjeu colossal ? Et devra-t-on dire de la nation ce qu’on disait autrefois de ses rois, qu’ils n’avaient « rien oublié et rien appris » ?

Prenons garde. Le dilemme ne se dessinera devant nos yeux qu’enveloppé de mirages séduisants. Nous ne le saisirons que par bribes, peu à peu. Il s’infiltrera, il ne s’imposera point. Prenons garde d’être entraînés, sans en avoir d’avance pesé les conséquences, dans une guerre continentale qu’après tout on pourrait éviter, car elle ne lèsera que des intérêts indirects et n’atteindra aucune de nos sources d’énergie vitale.

Dans cette modeste publication, dans d’autres plus en vue et plus répandues, nous ne cesserons, conscients du péril qui vient, d’attirer l’attention de nos concitoyens vers un horizon redoutable. Sans doute, les choses des colonies ont depuis dix ans gagné dans les cœurs Français : la douleur ressentie devant la catastrophe de la Martinique, n’a pas su pourtant, se faire jour avec la force que comportait une pareille tragédie et elle n’est pas suffisante, non plus, la satisfaction avec laquelle nous regardons s’ouvrir l’Expo-