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Page:Revue du Pays de Caux n5 novembre 1902.djvu/38

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REVUE DU PAYS DE CAUX


LA FALAISE

Droite, comme un énorme éperon de vaisseau,
La Falaise entre dans la mer et la domine.
Le vent du large y souffle et l’haleine marine
Sème l’embrun salé sur l’herbe et l’arbrisseau.

Chaque jour, subissant l’infatigable assaut
Du flot, du vent, du froid, elle s’use et se mine.
Son flanc jaune se creuse et, par mainte ravine,
La marne et le silex s’éboulent en monceau.

Voici le soir ; montons le sentier qui serpente
Vers son sommet, parmi les ronces de sa pente ;
Allons voir se coucher le merveilleux soleil :

Et déjà, le pleurant de leurs voix enrouées,
Des taureaux noirs, là-haut, le mufle au ciel vermeil,
Interrogent la marche lente des nuées…


L’ÉGLISE

Les maisons du village au creux de la vallée
Descendent, tels dans un ravin roulent des rocs.
L’Église est au milieu, vénérable, et son bloc
Surplombe, en l’arrêtant, l’immobile coulée.

Séculaire, elle veille. À peine ravalée,
Sa muraille résiste aux invisibles chocs
Du temps, et l’or reluit, au clocher, sur son coq
Qui tourne et garde la Colombe immaculée.

Ses piliers, sous la voûte en bois, ont des dessins
De sirènes, de fleurs et de bateaux. Des saints,
Clair, qui porte sa tête, et Roch, son chien fidèle,

Décorent ses parois, du baptistère au chœur ;
Et, la nuit, sur les toits dormants, un bruit vient d’elle :
C’est l’horloge qui bat, doucement, comme un cœur.


LA CAMPAGNE

Des champs bruns, qu’un labour opiniâtre raie :
L’homme y conduit la herse oblique ou le soc lourd.
Le sol, côtelé, semble un manteau de velours
Que borde un chemin blanc et que frange une haie.