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Page:Revue du Pays de Caux n5 novembre 1902.djvu/33

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L’INDO-CHINE FRANÇAISE

patriotique. Ces sentiments furent durables ; en 1889, lors de la fameuse élection du général Boulanger, à Paris, on vit encore s’étaler sur les murs des placards portant ces mots éhontés : Pas de Tonkin.

Le silence se fit ensuite sur les choses de l’Indo-Chine. Les tapageurs d’actualité s’occupèrent ailleurs : silence bienfaisant qui permit au long travail de l’organisation de s’accomplir au mieux de nos intérêts. Non pas que bien des fautes n’aient été commises ; nous étions trop novices, nous autres fils de la France moderne, en matière de colonisation pour ne pas être exposés à de pénibles et infécondes écoles. Que de préjugés, de routines, d’idées absolutistes ont sombré successivement dans les cerveaux des fonctionnaires auxquels furent confiés les destins de nos nouvelles possessions ; la tâche, au reste, était multiple et délicate. Il fallut guerroyer longtemps encore contre ces bandes de rebelles que les conflits armés laissent subsister en Extrême-Orient, bien après que la paix est conclue. Puis, il fallut pacifier, assainir, construire des routes et des chemins de fer, et, surtout, se mettre d’accord sur un ensemble de rouages administratifs cadrant avec les rouages indigènes que l’on avait sagement décidé de conserver. Plusieurs gouverneurs s’y usèrent les ongles ou y perdirent leur latin. Quelques uns y laissèrent leur vie, comme Paul Bert ou Armand Rousseau.

Il nous est interdit d’entrer dans le détail de ces labeurs ; nous ne pouvons que saluer au passage tous ces ouvriers de la grande œuvre à laquelle Paul Doumer a eu le bonheur d’apporter ce couronnement radieux : l’organisation de l’Exposition d’Hanoï.


Unification et Crédit

L’Exposition, toutefois, n’est qu’un ornement au sommet de l’édifice, la coquetterie d’un architecte qui s’est surtout préoccupé de faire grand et solide. Quand Doumer arriva en Indo-Chine au commencement de 1897, il s’aperçut tout aussitôt que son gouvernement allait manquer à la fois d’autorité politique et de ressources financières, et il se mit hardiment à la besogne. Le gouverneur général jusqu’alors administrait directement le Tonkin, ce qui l’assimilait de fait, sinon de droit, aux autres fonctionnaires chargés d’administrer les autres portions de notre domaine Indo-