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Page:Revue du Pays de Caux n5 novembre 1902.djvu/28

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REVUE DU PAYS DE CAUX

Cependant l’attitude, d’abord tacitement, puis ouvertement hostile des mandarins amena Garnier à s’emparer d’Hanoï, d’où il occupa peu à peu tout le Delta du Fleuve Rouge. Les Annamites demandèrent alors l’appui des « Pavillons-Noirs ». On nommait ainsi des bandes chinoises, ramassis de pillards et d’hommes hors la loi, qui avaient pris part à la fameuse révolte des Taï-Pings, et continuaient, depuis lors, de vivre de rapines et de brigandage. Les Pavillons noirs accoururent et dans une attaque de la citadelle d’Hanoï, Garnier fut tué. Le cabinet Français, avec un manque de fierté qui fait peu d’honneur à son chef, signa aussitôt une convention par laquelle nos troupes devaient évacuer le Delta et se retirer d’Hanoï où un résident Français, le capitaine Rheinart, demeura seul avec une faible escorte. Conclue à Saïgon, le 15 mars 1874, et ratifiée le 1er avril par l’Assemblée nationale à Paris, la Convention Franco-Annamite reconnaissait la souveraineté de l’empereur d’Annam et son entière indépendance vis-à-vis de toute puissance étrangère ; la France s’engageait à lui donner, sur sa demande, et gratuitement, l’appui nécessaire pour maintenir, dans ses États, l’ordre et la tranquillité, le défendre contre toute attaque et détruire la piraterie. En retour, Tu-Duc s’engageait à conformer sa politique extérieure à celle de la France et à ne jamais signer de traités — autres que des traités de commerce — sans en avoir préalablement informé le gouvernement Français. Le Président de la République faisait don à Tu-Duc de cinq bâtiments à vapeur, de cent canons et de mille fusils. Des officiers instructeurs et des ingénieurs devaient être mis à la disposition de l’Annam auquel il était fait remise du reliquat non payé de l’indemnité stipulée en 1867 ; la France se chargeait d’indemniser elle-même l’Espagne ; sa pleine souveraineté sur toutes les provinces de la Cochinchine était reconnue définitivement. Enfin liberté était promise aux chrétiens dans l’exercice de leur religion et le Fleuve Rouge était ouvert à la navigation. L’amiral Krantz, successeur de l’amiral Dupré, négocia un traité de commerce qui se superposa avantageusement au traité politique.

Cet ensemble de stipulations renfermait certes quelques points dont on pouvait tirer profit, mais outre qu’il renfermait aussi beaucoup trop de concessions pour que notre dignité n’eût pas à en souffrir aux yeux des Indo-Chinois, on pouvait y démêler le germe d’un conflit certain avec la Chine.