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Page:Revue du Pays de Caux n5 novembre 1902.djvu/27

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L’INDO-CHINE FRANÇAISE

provoqua d’incessantes et sourdes révoltes contre la France. L’amiral de la Grandière, gouverneur, reçut l’ordre d’occuper les trois autres provinces de la Basse-Cochinchine (1867). Dans l’intervalle, voyant que le Cambodge était une pomme de discorde permanente entre les Annamites et les Siamois, l’amiral avait eu l’habileté de faire accepter par le roi Norodom le protectorat de la France. Le capitaine Doudart de Lagrée, qui négocia cette affaire, explora ensuite le cours du Mékong, traversa le Laos, reconnut la nécessité de prendre possession du Fleuve Rouge si l’on voulait utiliser et coloniser cette partie du continent asiatique d’une façon sérieuse. Doudart de Lagrée mourut au Yunnan en 1868. À Paris on n’accordait qu’une médiocre attention à ses rapports : le gouvernement impérial était aussi peu que possible préoccupé d’expansion lointaine. Il va sans dire que la guerre de 1870 survenant sur ces entrefaites, tout projet de protectorat sur l’Annam fut abandonné.


La Convention de 1874

Un négociant Français, auquel nous devons beaucoup, M. Dupuis, organisa en 1873 une expédition sur le Fleuve Rouge. Saisi par les promesses d’avenir de ces magnifiques contrées, il s’installa à Hanoï et ne tarda pas à y être molesté par les Annamites. L’amiral Dupré, qui commandait en Cochinchine, vint à son secours. Il lui envoya le lieutenant de vaisseau Garnier avec deux canonnières et 175 hommes. L’amiral Dupré était un enthousiaste du Tonkin : il écrivait au ministre de la marine le 28 juillet 1873 : « Je suis prêt, s’il reste un doute dans votre esprit et dans celui du gouvernement, à assumer toute la responsabilité des conséquences de l’expédition que je projette, à m’exposer à un désaveu, à un rappel, à la perte d’un grade auquel je crois avoir quelques droits. Je ne demande ni approbation, ni renforts : je vous demande de me laisser faire, sauf à me désavouer si les résultats que j’obtiens ne sont pas ceux que je vous ai fait entrevoir ». Mais le Duc de Broglie, alors premier ministre, ne voulait à aucun prix s’occuper de ces questions pourtant si graves et — en ce temps-là — si faciles à résoudre : il ne prit pas la peine de consulter les travaux de Doudart de Lagrée, lesquels établissaient péremptoirement la nécessité de posséder le Tonkin.