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Page:Revue du Pays de Caux n5 novembre 1902.djvu/19

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

le Trésor a encaissé, du fait de l’impôt sur le sucre, 174 millions par an, alors qu’en 1882, par exemple, il n’avait touché que 147 millions. Enfin, le sucre brut qui valait, avant 1884, 58 centimes le kilogramme, vaut, aujourd’hui, dans les 25 centimes ; le consommateur, donc, serait mal venu à se plaindre. Tout le monde a gagné. Cela ne prouve pas, d’ailleurs, que la loi doive être maintenue, car si même elle n’a produit pendant dix-huit ans que des résultats avantageux, ce n’est pas un motif pour qu’il en soit de même désormais. Et, effectivement, la surproduction deviendrait vite ruineuse pour tout le monde. C’est ce qu’agriculteurs et industriels ont fini par comprendre, si l’on en croit la façon dont ils envisagent, à présent, la convention de Bruxelles contre laquelle, au début, ils étaient partis en guerre.

La question, en effet, était devenue internationale. Trois pays, surtout, exportent du sucre : la France, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie. Quant au consommateur, c’est, par excellence, l’Angleterre. De là, rivalité terrible entre les trois pays producteurs. La loi française de 1884, aux yeux des Autrichiens et des Allemands, instituait des primes indirectes. En 1891, les deux empires de l’Europe centrale accordèrent, à l’exportation des sucres, des primes directes de 1 fr. 50 par 100 kilos, qu’en 1896 ils portèrent à 3 fr. 25. La France riposta par l’allocation, en 1898, d’une prime directe de 4 francs qui se superposa à la prime indirecte. En tout ceci, l’Angleterre trouvait son profit, puisque, grâce au jeu des primes, elle obtenait le sucre à bon marché. Mais ses colonies firent entendre des doléances. L’Inde et les Antilles accusèrent la métropole de les sacrifier à l’étranger. La Jamaïque et la Trinité menacèrent même, à ce qu’on prétend, de se donner à l’Amérique. Il fallut bien que le cabinet Britannique s’occupât de l’affaire. La Belgique préconisa, à son tour, la réunion d’une conférence et Bruxelles fut choisi, d’un commun accord, pour lieu de réunion. La première conférence de Bruxelles n’aboutit point ; personne, alors, ne voulait rien céder, tout en prétendant faire céder le voisin. Mais, depuis, des faits nouveaux surgirent. L’Inde frappa les sucres d’Europe de droits différentiels correspondant au montant des primes directes et indirectes du pays d’origine. L’Union Américaine suivit le même exemple. L’Angleterre menaça de s’entendre avec l’Allemagne et l’Autriche contre la France. Une nouvelle conférence s’imposait. Elle a abouti. Le texte de la Convention de Bruxelles, approuvé par l’Angleterre,