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Page:Revue du Pays de Caux n5 novembre 1902.djvu/15

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

continent américain : il y est parvenu dans une large mesure. L’expédition rapporte des cartes du pays d’Ellesmre et des fjords du détroit de Hayes ainsi que du détroit de Smith et de l’île de Grinnell ; elle a pu former également de très précieuses collections scientifiques. Les hivernages ont été rudes : des froids de 45 et de 50 degrés se sont produits à plusieurs prises. Pendant que le navire se trouvait immobilisé par les glaces, les explorateurs se divisaient en quatre équipes, l’une restant à bord et les autres se lancant à travers la banquise ; plusieurs équipes firent des absences de deux et trois mois. Le Fram avait été abondamment pourvu de tout ce qui pouvait contribuer au succès de l’expédition et alléger les souffrances de ses vaillants passagers : il portait des vivres pour cinq ans. Sverdrup et ses compagnons ont été reçus dans leur patrie avec l’enthousiasme que méritaient leurs exploits : déjà on s’inquiétait d’un si long silence et l’on se demandait si le martyrologe glaciaire n’allait pas s’enrichir d’une nouvelle liste funèbre.

Duel et ballon.

Le noble désir de voir progresser la navigation aérienne a fait aussi de récentes victimes. Si Santos-Dumont, malgré l’entrain et la persévérance qu’il y apporte, n’a point encore réussi à se casser la tête, Severo et Bradsky y sont parvenus, hélas, du premier coup. Le ballon réserve pareil sort à plus d’un hardi pionnier de l’espace ; de telles fins ont du moins leur beauté. Que dire de la mort absurde qu’a trouvé dans un duel un jeune Polonais venu à Paris pour y achever ses études et qui s’est pris de querelle avec un de ses camarades sur le plus futile des motifs ? Les deux amis, très liés et faisant vie commune ont été pendant vingt-quatre heures d’« irréconciliables » ennemis. Au bout de ce temps ils se sont alignés, solennellement, sur le terrain entre des témoins très fiers probablement du rôle qu’ils jouaient, et à peine le « Allez Messieurs » sacramentel avait-il été prononcé que l’un des jeunes gens tombait frappé à mort ; l’autre a voulu se suicider de désespoir d’avoir tué son ami… L’histoire est édifiante et veut qu’on la médite. Meurtre ou fumisterie, voilà bien le duel moderne. Il est temps qu’on s’en occupe, mais ce n’est pas par des textes de lois qu’on y portera remède ; une loi prohibitive pourrait bien encourager plutôt qu’affaiblir le préjugé qu’elle voudrait détruire.