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Page:Revue du Pays de Caux n5 novembre 1902.djvu/10

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REVUE DU PAYS DE CAUX

chaleureuses qui les avaient accueillis à leur arrivée en Angleterre traduisaient la juste admiration qu’inspirait leur conduite dans la paix, digne de celle qu’ils avaient tenue dans la guerre. Une seule chose a manqué dans la suite à ces glorieux soldats ; ils n’ont pas su choisir leurs conseillers ; ils ont obéi aux néfastes influences qui avaient déjà conduit aux abîmes le président Krüger. Ils se sont laissé entraîner sur le continent pour y exploiter une anglophobie qui s’est montrée aussi bruyante que peu généreuse. Quand ils ont débarqué en Angleterre, ils étaient, pour ainsi dire, les maîtres de la situation. Reçus comme l’auraient été des triomphateurs dans leur propre pays, ils devaient faire appel non pas au gouvernement (qui, vraiment, ne pouvait guère ajouter au tribut de soixante-quinze millions déjà consenti par lui), mais au peuple Anglais lui-même. Au lieu de faire des conférences à Paris, à Bruxelles et à Berlin, ils devaient les faire à Manchester, à Liverpool, à Glasgow, à Dublin… l’argent eût afflué dans leurs caisses et, de retour dans le Sud-Afrique, ils eussent pu sceller rapidement la réconciliation des deux peuples. L’erreur en laquelle ils sont tombés, n’est, hélas ! pas réparable. On ne leur sait plus gré de leur correction, car, sans s’y être associés, ils ont provoqué, par leur seule présence, de regrettables manifestations anti-anglaises. La sottise qu’ils commirent, en déclinant l’honneur que voulait leur faire Guillaume ii, a achevé de ruiner leur cause. Ils repartent les mains vides et ayant semé la défiance autour d’eux.

Il était bien facile, pourtant, de prévoir un tel résultat. Car les sommes que l’Europe était conviée à verser ne devaient pas profiter aux seuls Boers, victimes de la guerre ; l’Angleterre, en dernière analyse, y trouverait son compte, puisqu’il s’agissait de remettre en valeur des terres qui lui appartiennent désormais. Il suffisait de ce simple raisonnement pour tarir les sources de la générosité étrangère ; et c’est là ce qui est arrivé. Par contre, le raisonnement inverse eût opéré sur les Anglais, gens pratiques. Ils eussent donné d’autant plus volontiers qu’en aidant à soulager des misères immédiates, ils avaient la certitude de contribuer à la prospérité future d’une portion de leur empire. Et l’on s’étonne vraiment qu’avec la perspicacité et la précision d’esprit dont les généraux ont fait preuve en tant d’occasions, ils n’aient pas su deviner ce double sentiment si humain !