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REVUE DU PAYS DE CAUX

promu représente des idées et surtout des façons de procéder diamétralement contraires à celles de son prédécesseur. Ce dernier, le cardinal Ledochowski, n’a pas laissé derrière lui beaucoup de regrets. Son existence agitée et douloureuse lui eut valu des sympathies que son manque de caractère lui a fait perdre. On respectait ses malheurs sans l’estimer. Sa diplomatie était hautaine, violente et malhabile. Le nouveau préfet de la Propagande est tout l’inverse et c’est comme diplomate, précisément, qu’il a su, lors d’une difficile mission au Brésil, donner de ses talents l’idée la plus avantageuse. Supérieur général des Carmes, il s’est montré, d’autre part, administrateur avisé et ferme de sorte que le cardinal Gotti, investi désormais d’une des premières charges de l’Église, est devenu l’un des membres les plus en vue du Sacré-Collège. Il jouera assurément un rôle considérable dans le prochain Conclave et certains voient déjà en lui le successeur probable de Léon xiii dont il continuerait la politique sage et tolérante. La France aurait tout lieu de s’en réjouir, car elle est la première à profiter de cette politique dès qu’elle ne se laisse pas entraîner hors de toute raison et de tout jugement sain par les effervescences d’un anticléricalisme enfantin.

Mais la promotion du cardinal Gotti n’est pas le fait principal qui se soit produit au Vatican ces temps-ci. Les négociations entamées entre le Saint-Siège et les États-Unis ont occupé le premier plan. Il s’agit des Philippines où, presque dans chaque paroisse, sont établis des moines Espagnols, Augustins, Franciscains, Dominicains, Récollets, lesquels enrichis aux dépens des indigènes, et habitués à faire peser sur eux un joug tyrannique sont, en général, moins adonnés à la pratique des vertus évangéliques qu’attachés à la possession des biens de ce monde. Les États-Unis ne peuvent entreprendre d’organiser l’archipel tant que subsiste un pareil état de choses. Mais le gouvernement de Washington aurait pu entrer directement en négociations avec les intéressés ; il a préféré s’entendre avec le chef de l’Église et conclure avec lui une sorte de concordat. Cette reconnaissance officielle par la grande République Américaine du pouvoir et de l’influence du Saint-Siège est un acte mémorable qui montre à quel point la face politique et religieuse de l’univers s’est modifiée depuis trente ans. Les négociations, à vrai dire, n’ont pas encore abouti. Commencées à Rome, elles se poursuivront à Manille. La diplomatie Américaine demande le retrait pur et simple des moines Espagnols sous condition du