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Page:Revue du Pays de Caux n4 septembre 1902.djvu/5

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

en était digne de tous points : c’est son mérite qui l’a élevé à un pareil poste et non pas de viles flatteries envers l’Angleterre, flatteries qui, du reste, au Canada, déconsidèreraient un citoyen bien plutôt qu’elles ne l’aideraient dans sa carrière. Les Canadiens sont restés très fiers de leur origine. Ils savent la revendiquer à l’occasion et conservent religieusement leur héritage Français. Ces sentiments vont de pair avec un loyalisme dont ils ont donné — et tout récemment encore — des preuves évidentes. Leur attachement à l’Angleterre est, à la fois, solide et sincère. Il y a là un fait bien digne d’être médité par nous, car il comporte une leçon salutaire et, à ce titre, la fierté que peuvent nous inspirer les succès de Sir Wilfrid Laurier se mêle de quelque amertume. L’Angleterre a donné au Canada ce que nous n’avons su, nous, donner à personne, ce que nous ne savons pas nous procurer à nous-mêmes, à savoir la tolérance. Sur l’arc de triomphe élevé à Londres, à l’occasion du couronnement d’Édouard vii, par ses sujets transatlantiques, on lisait une inscription étrangement suggestive : Canada, free homes for millions. Canada, terre de liberté pour des millions d’hommes ! Cette liberté, peut-être, n’est pas beaucoup plus complète que celle dont nous jouissons légalement. Il y a, dans la vie Anglo-Saxonne, des entraves qui n’apparaissent pas au premier examen et qui n’en sont pas moins gênantes ; par contre, le harnais Latin n’est pas toujours aussi lourd à porter qu’il en a l’air. Mais la liberté de nos voisins est une réalité vivante ; la nôtre, une déclamation creuse. Ils la pratiquent, nous la subissons. Elle leur est naturelle ; elle nous est pénible. Ils doivent se faire violence pour y donner entorse et nous, pour y rester fidèles. C’est qu’ils sont tolérants et que nous ne le sommes point.

Conférence Intercoloniale.

Avant de se rendre à Paris, Sir Wilfrid Laurier avait pris part aux travaux de la conférence des premiers Ministres coloniaux venus à Londres pour le couronnement du roi. L’Australie, le Canada, le Cap, la Nouvelle-Zélande y étaient représentés par les chefs de leurs gouvernements. De ce que rien de précis et de définitif n’est sorti des délibérations de cette conférence, on s’est empressé de conclure qu’elle avait manqué son objet. Les publicistes du continent sont incorrigibles. La formation de la fédération Australienne aurait dû pourtant leur donner à réfléchir : une