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Page:Revue du Pays de Caux n4 septembre 1902.djvu/37

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DU BASSIN DE L’EURE À BOWLING GREEN

et la silhouette du commandant sur la dunette a repris toute son élégance. Hier il était recouvert d’un caoutchouc à capuchon qui lui donnait l’aspect d’une guérite roulante.

Vers 10 heures, on a signalé un ice-berg qui apparaissait au loin comme un triangle d’un blanc mat. On en rencontre encore à cette époque, mais ils deviennent de plus en plus rares. Celui-ci doit être assez grand ; il paraît voguer à une dizaine de milles. Nous l’abandonnons pour aller déjeuner et, quand nous remontons, l’ice-berg est remplacé par une longue suite de cônes qui ont les mêmes formes et le même éclat. Aussitôt les commentaires vont leur train. Une jeune fille entreprenante court aux renseignements pendant que les lunettes sont braquées sur le phénomène. Elle revient bientôt rapportant les détails les plus curieux : c’est un immense morceau de banquise détaché des régions polaires et dont la marche a été arrêtée parce que sa partie inférieure touche le fonds de l’océan ! Quelques hommes éclatent de rire, les autres ouvrent des yeux étonnés et les femmes se répètent les unes aux autres l’explication qu’elles trouvent poétique et logique tout à la fois.

Une heure plus tard, la banquise s’envolait dans le ciel sous la forme de nuages. On en a ri toute la journée, et la pauvre jeune fille mystifiée n’a pas reparu à dîner.


Samedi, 6 septembre.

Nous avons passé Terre-Neuve ; on n’a d’ailleurs rien aperçu et rien entendu non plus : « les chiens » n’aboyaient pas. C’est la grande plaisanterie à bord ; on la fait à tout le monde, et parfois, paraît-il, on rencontre des gens assez bêtes pour tendre l’oreille. Les brouillards en revanche sont plus faciles à rencontrer que les chiens ; dans ces parages ils sont très dangereux ; on les traverse par bancs et lorsque le navire en sort, on aperçoit la masse brumeuse qui flotte sur la mer. Toute la journée, la sirène a marché ; son bruit rauque et désagréable, et ses longs hurlements désespérés nous donnent le spleen. Heureusement que la terre n’est pas loin. Le commandant nous montre la direction d’Halifax. Demain soir, peut-être, nous serons à New-York. La question est de savoir s’il faudra attendre au lundi matin pour débarquer. Pour charmer mes loisirs, je visite le bâtiment, les chaudières où vivent de malheureux êtres privés d’air, noircis de charbon, dévorés de chaleur… une chose très curieuse, c’est l’hélice ; par