Ouvrir le menu principal

Page:Revue du Pays de Caux n4 septembre 1902.djvu/25

Cette page a été validée par deux contributeurs.
145
QUE FAUT-IL PENSER DU SOCIALISME ?

émietter l’aisance, si l’on peut ainsi dire, entre un plus grand nombre de bénéficiaires ; il voudrait bien que le contraire eut lieu, afin, quand il confisquera le tout, de n’avoir plus devant lui que de gros capitalistes. Ses leaders s’imaginaient au début qu’il en serait ainsi ; mais leur attente a été trompée. Sous le régime de la propriété privée, la législation à tendances socialistes accroît le nombre de ceux qui possèdent ; ainsi cette législation se suicide elle-même lentement. Le socialisme travaille donc à consolider l’état social qu’il prétendait renverser puisqu’il l’épure, le perfectionne, l’améliore sans cesse ; et il ne peut procéder autrement ; c’est un cercle vicieux. La Société actuelle est infiniment meilleure, moins égoïste, plus dévouée à ses devoirs, plus soucieuse du bien général qu’elle ne l’était il y a trente ans. Par là, elle se fortifie au lieu de s’affaiblir. Les résultats atteints par le mouvement socialiste tournent donc contre lui, au profit de ses adversaires. L’histoire des peuples est remplie de pareils paradoxes, mais celui-là est un des plus inattendus qui se soient produits au cours des âges.


La décadence du socialisme n’est pas nécessairement
définitive

Les intéressés ont coutume, en pareil cas, de se refuser à l’évidence jusqu’au dernier moment. Ce mot de décadence sonne comme une offense aux oreilles de tous ceux qui attendent du socialisme une rénovation dans le sens de la justice et de l’égalité. Ce leur est une mince consolation de penser que leur âge d’or n’est pas absolument irréalisable, du moment que ce ne sont point les générations présentes qui en profiteront. Et, en effet, rien ne nous dit que la seconde partie du vingtième siècle ou le début du suivant ne verront pas s’atténuer les ardeurs nationalistes aussi bien que les rivalités commerciales (lesquelles d’ailleurs s’entretiennent les unes par les autres). S’il en est ainsi, les plans de réformes sociales dans le sens collectiviste pourront renaître avec des chances de succès bien plus grandes. Mais aujourd’hui, il est indéniable qu’après avoir brillé d’un assez vif éclat, les doctrines collectivistes sont fortement atteintes et perdent partout du terrain. Le monde leur tourne le dos ; la Société a pour ainsi dire