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Page:Revue du Pays de Caux n4 septembre 1902.djvu/23

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QUE FAUT-IL PENSER DU SOCIALISME ?

Il est évident que si le dogme de la lutte des classes est affaibli, si l’impuissance de la grève est démontrée et si la solidarité internationale s’efface, la formation d’un grand parti socialiste universel se trouve indéfiniment ajournée. Bien des socialistes avisés s’en rendent compte mais il leur reste un espoir ; ils disent que le monde capitaliste est à ce point moribond qu’il s’écroulera de lui-même, sans qu’il soit besoin de l’abattre et qu’alors le socialisme prendra tout naturellement sa place.


La société capitaliste n’est pas moribonde

C’est là une illusion plus grande encore que toutes les autres. Elle provient des écrits de Karl Marx, si pleins de théories à allures scientifiques auxquelles les faits apportent de jour, en jour, de nouveaux démentis. Marx a insisté sur le phénomène de la concentration des capitaux et de l’accroissement correspondant du nombre des prolétaires. C’est l’inverse qui se produit et le petit capital joue maintenant un rôle considérable dans une quantité d’industries. Le patron, seul propriétaire devient une anomalie ; le patron délégué d’actionnaires qui le soutiennent et le déchargent, tend à devenir la règle générale. On peut prévoir l’heure où naîtra le type de l’ouvrier capitaliste qui travaillera de ses mains dans une usine et aura un petit pécule engagé, peut être loin de là, dans quelque autre entreprise… De plus, le capital commence à s’organiser pour répondre à l’initiative prise par le travail ; déjà l’on se rend compte que la force du capital organisé dépasse de beaucoup celle du travail organisé. Chose étrange, il semblait jusqu’ici que les patrons fussent hors d’état de pratiquer l’association, comme si le fait d’être riche devait nécessairement vous faire perdre de vue la nécessité de défendre vos intérêts ; il fallait pour cela, être pauvre. Les États-Unis ont montré, par des exemples frappants, ce que peuvent les patrons dès qu’ils se donnent la peine de se défendre ! On se rappelle le mémorable conflit de l’an dernier, la grève des aciers de septembre 1901. Non seulement la gigantesque Union qui soutenait la lutte du côté des ouvriers (et jamais on n’arrivera à constituer des groupements plus solides) a dû s’avouer vaincue mais la paix qu’elle a été réduite à signer est la plus onéreuse qui ait jamais mis fin à un conflit de cette sorte. Les patrons ont exigé