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Page:Revue du Pays de Caux n4 septembre 1902.djvu/16

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REVUE DU PAYS DE CAUX

QUE FAUT-IL PENSER DU SOCIALISME ?



La question, certes, est à l’ordre du jour, en France, et elle se pose d’une façon trop pressante pour que tous les Français n’aient pas intérêt à y réfléchir. Peu nombreux, pourtant, sont ceux qui, loyalement et en dehors de toute idée pécuniaire, ont étudié ce troublant problème. On est pour ou en est contre sans pouvoir, en général, donner le motif de sa détermination. Le milieu y est pour beaucoup ; l’intérêt personnel également. D’un camp à l’autre on se lance volontiers des injures : encroûtés, égoïstes, exploiteurs, sont les petits noms d’amitié que les socialistes ont coutume de donner à leurs adversaires lesquels, en retour, traitent ceux-ci de voleurs, de bandits, de fainéants… Ce dialogue est remarquablement vide d’arguments et même d’idées. Ou bien, si quelques esprits distingués mettent en commun leurs lumières afin de discuter la chose au point de vue scientifique, c’est alors un fatras de raisonnements complexes, un charabia de termes savants dans lesquels il n’y a place ni pour une parole claire ni pour un fait certain.

Or, il doit exister — et il existe assurément — des gens de bonne volonté que la passion n’égare pas, que l’avantage individuel ne rend pas systématiquement hostiles au progrès collectif et qui seraient tout disposés à étudier le socialisme non pas au clair de lune de la théorie, mais au plein jour de la réalité, anxieux avant tout du bien qui peut en résulter pour le pays et prêts, si ce bien leur est démontré, à se prêter généreusement aux transformations nécessaires. Nul doute que ces citoyens éclairés ne soient précisément nos lecteurs. Un journal, une revue qui se respectent, doivent toujours considérer leurs lecteurs comme constituant une élite par rapport aux lecteurs de n’importe quelle autre feuille publique : c’est la seule façon de maintenir la rédaction au niveau désirable.

Dans cet esprit, nous vous convions, chers amis, à conduire aujourd’hui avec nous une petite enquête autour du socialisme, brève, sincère et probante, telle que pourrait et devrait être, par