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REVUE DU PAYS DE CAUX

Élections en Espagne et crise en Serbie.

M. Prudhomme en ouvrant son journal s’est écrié : « Eh quoi, encore ! Mais quand donc les Espagnols auront-ils fini de voter et le roi de Serbie d’organiser des crises ?… » Il n’est pas si bête qu’on le dit ce M. Prudhomme, car il est certain que les Espagnols votent bien souvent et que les pirouettes Serbes se multiplient. La dernière de ces pirouettes paraît singulièrement maladroite ; on croirait comme l’a remarqué un journal Parisien que le roi Milan ressuscite ! Et une telle résurrection causerait à l’Europe de noirs soucis et promettrait à la Serbie un bien piteux avenir. Puisse Alexandre ier ne plus donner de belles constitutions à son peuple s’il doit les lui retirer ensuite avec cette désinvolture. Quant aux élections Espagnoles, elles esquissent une désapprobation de la politique de M. Silvela qui serait sans inconvénients — car cette politique est peu intéressante — si en même temps il ne s’était produit une poussée républicaine assez accentuée ; le parti républicain Espagnol se reconstitue sous la direction de M. Salmeron et désormais il faudra compter avec lui. L’exemple de l’Italie prouve qu’une monarchie peut très bien vivre avec une minorité républicaine dans son parlement ; il n’en est pas moins évident que ce sont là des situations dont la nocuité s’affirme à mesure que la durée se prolonge. En tous les cas, il est indispensable que ces minorités ne deviennent point majorités ; on peut discuter sur ce que la république ferait de l’Italie ; il n’y a pas de doute sur le sort qu’elle réserverait à l’Espagne ; elle replongerait ce malheureux pays en moins de douze mois dans l’abîme de désordres et de ruines dont Alphonse xii et la reine Christine ont su le tirer à force de tact et de zèle. Cette perspective donne quelque gravité aux dernières élections ; il ne faut pas toutefois s’alarmer si vite ; Alphonse xiii bénéficie de toute la force accumulée autour de lui par le règne de son père et la régence de sa mère. On le sait intelligent et bien intentionné : son premier discours du trône confirme cette impression ; un seul passage y paraît critiquable : c’est un hommage déplacé et exagéré adressé au Souverain Pontife ; les sentiments qu’y exprime le jeune roi ne conviennent pas à un acte de politique intérieure aussi solennel que celui-là ; et puis si l’anticléricalisme est chose déraisonnable en France ou le péril clérical n’existe point, le cléricalisme est chose très dangereuse en