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Page:Revue du Pays de Caux n3 mai 1903.djvu/35

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HISTOIRE D’UN ARCHIPEL BRUMEUX

grandes et des plus fertiles de tout l’archipel avait échappé au désastre. Elle appartenait aux Macdonald qui l’habitaient. Sir Alexandre Macdonald en était le laird. « La première dignité après le laird est le Tacksman ou grand fermier, écrit Johnson dans ses mémoires ; il garde une partie du domaine qu’il travaille lui-même et loue le reste à des fermiers en sous-ordre. Il faut que le Tacksman soit un homme capable d’assurer au seigneur la rente entière de ses fermes et d’en répondre ; c’est ordinairement un de ses collatéraux. Les Tacks ou sous-fermes sont héréditaires ou au moins regardées comme telles. L’occupant est désigné par le nom de l’endroit où il réside ».

Quelques îles aux environs de Skye, bien que déchues, conservaient une prospérité relative. En descendant vers le sud, Johnson ne rencontra plus qu’une population misérable, en haillons ; quand il atteignit Iona il trouva la chapelle de Sainte Marguerite transformée en étable. Tous les autres bâtiments manquaient de fenêtres et de toitures ; les habitants les dégradaient eux-mêmes pour en utiliser les matériaux. Dans toute l’île, une seule maison possédait une cheminée. Deux habitants, dit il, parlaient l’Anglais, mais pas un seul ne savait lire et écrire ; ils étaient tous de la tribu de Mac-Lean, au nombre de 150 seulement et les plus stupides et les plus paresseux des insulaires ».

La religion catholique comptait encore quelques communautés ; d’ailleurs la tolérance régnait partout. Dans l’île de Caunay, par exemple, les habitants assistaient indifféremment aux instructions du pasteur ou du prêtre romain qui tous deux résidaient hors de l’île ; ils se contentaient du sermon de celui des deux qui avait pu arriver. La véritable religion des Hébridiens c’était surtout la routine. En parcourant l’île d’Arran que sa proximité de Glasgow aurait dû soustraire à la décadence, M. Pennant, compagnon du Dr Johnson découvre cet étrange usage de se faire saigner deux fois l’an, au printemps et à l’automne, usage qui du reste rend les habitants très sujets aux pleurésies. « Le duc de Hamilton propriétaire d’Arran, raconte le voyageur, tient pour cet effet un chirurgien à gages qui fait deux fois par an le tour de l’île. Dès qu’il arrive, les habitants s’assemblent autour d’un creux fait pour recevoir leur sang et tendent leurs bras. Ils parlent la langue erse mais ils ont quitté l’habit montagnard. Ils se nourrissent principalement de pommes de terre et de gruau d’avoine. Ils y ajoutent en hiver un peu de mouton ou de chevreau salé. Ils sont obligés de