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Page:Revue du Pays de Caux n3 mai 1903.djvu/33

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HISTOIRE D’UN ARCHIPEL BRUMEUX

parents, ses vassaux, ses guerriers, s’armait de pied en cape, tirait son épée et jurait de gouverner ses sujets comme un père ses enfants à l’imitation des ancêtres. Tous les assistants lui promettaient alors de lui obéir comme à un père. À peu de distance est une autre île où le roi tenait conseil. Il y avait treize sièges pour autant de juges qui prononçaient sur les différends des sujets et recevaient pour leur salaire la onzième partie de la valeur de la chose contestée.

Peu à peu les mœurs s’adoucirent ; sans cesser d’exercer leur souveraineté, les seigneurs se montraient moins farouches et commençaient à donner à leur vie un caractère plus civilisé. L’aspect des Hébrides avait bien changé depuis le temps où Colomban les parcourait. Sur les promontoires escarpés les manoirs dressaient leurs tourelles. Des villages s’étaient créés ; le sol défriché révélait une étonnante fertilité. Les troupeaux couvraient les îles et, la nuit, les bergers allumaient des feux sur les falaises.

Walter Scott, dans un poème célèbre dont la scène est au château d’Artdornish sur le détroit de Mull, nous met au courant des coutumes d’alors en nous faisant assister à une fête seigneuriale. Les barques apparaissent à l’horizon ; au sommet des mats flottent les étendards armoriés. De son observatoire, le guetteur annonce leur approche en sonnant du cor. Et tandis que le château prend un air joyeux, le seigneur descend sur la plage pour recevoir ses hôtes. Dans le Hall aux sombres boiseries, un somptueux festin réunit les convives ; sur les murailles, les trophées de chasse alternent avec les panoplies où sont accrochées parfois des armes orientales rapportées de la croisade. Pendant le repas, le joueur de cornemuse fait entendre ses modulations et si chacun a amené le sien, c’est entre eux un véritable concours harmonique. Parfois un harpiste Gallois en tournée accompagne les chansons. Ensuite le conteur entame un récit à l’honneur de la famille à laquelle il est attaché, rappelant les exploits d’un ancêtre ou quelque brillant fait d’armes. Ces conteurs étaient des Bardes, c’est-à-dire des descendants des Druides et de leurs disciples. Au temps de Fingal et d’Ossian, ils accompagnaient déjà les chefs, recueillant pour les transmettre à la postérité, les traits d’héroïsme et de bravoure. Ils enflammaient les courages en excitant une noble émulation et la promesse d’une longue renommée était leur meilleur argument. Chaque génération ajoutait un chant à l’épopée ; à mesure que s’éloignait le point de départ l’admiration