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Page:Revue du Pays de Caux n3 mai 1903.djvu/20

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REVUE DU PAYS DE CAUX

colons, calmer et rallier les indigènes ; établir à gauche un solide protectorat sur la régence de Tunis, à droite, une ferme influence sur le Maroc ; gagner vers l’intérieur de proche en proche jusqu’à rejoindre le Sénégal et la Côte d’Ivoire ; réformer enfin l’administration du haut en bas, tel était l’indispensable programme ; il est réalisé plus qu’aux deux tiers, presque aux trois quarts.

L’Afrique septentrionale ou Berbérie, appelée ainsi des peuplades Berbères qui en furent les premiers occupants, appartint successivement aux Carthaginois, aux Romains, aux Vandales, aux Arabes et aux Turcs. Contre ces envahisseurs successifs les Berbères (Libyens, Numides, Gétules, Maures, etc, etc.), luttèrent infructueusement ; ils furent repoussés vers le désert ; seuls les Kabyles et les Touaregs représentent aujourd’hui leur race vaincue. Vaincus aussi ces Carthaginois dont le nom est familier aux élèves de nos lycées à l’esprit desquels il évoque la mauvaise foi traditionnelle ; mais ceux-là du moins ont laissé derrière eux des merveilles que Flaubert avait su deviner en écrivant son fameux roman Salammbo et que la patiente archéologie nous fait toucher du doigt. Les fouilles de Carthage ont déjà fourni les détails les plus curieux sur la civilisation punique. Il y a peu de jours encore on découvrait l’ancien arsenal détruit par Scipion, contenant des milliers de projectiles en terre cuite inutilisés par les défenseurs aux abois. Plus loin, au-delà de Tunis, c’est Thugga, l’antique citadelle Numide embellie par l’art Romain. Puis la cité militaire d’Ammaedara, l’élégante et gracieuse Thysdrus, la commerçante Gighti et, dans la province de Constantine, la monumentale Timgad avec son arc de triomphe, son forum, ses sanctuaires, son théâtre — voire même un très curieux établissement de latrines publiques présentant un système d’écoulement, de « tout à l’égout » parfaitement aménagé ; à Pompéï, on avait déjà trouvé une salle de bains avec des tuyaux de plomb presque semblables aux nôtres et une trousse de chirurgien passablement complète… que n’avaient-il pas inventé, ces Romains ?… La domination Byzantine laissa peu de traces ; il nous reste l’énorme citadelle élevée à Ammaedara par l’empereur Justinien.

Les Arabes fondèrent plusieurs royaumes. Les plus prospères furent ceux de Fez, de Tlemcen, d’Alger, de Kairouan. Mais les