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Page:Revue du Pays de Caux n3 mai 1903.djvu/12

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REVUE DU PAYS DE CAUX

motifs, avec une très louable audace, met à nu l’inquiétante lenteur de nos progrès. En dix années de 1891 à 1901, l’Allemagne et les États-Unis ont vu croître de plus de 2 milliards l’ensemble de leurs exportations ; le progrès de l’Angleterre, dans le même temps, s’est chiffré par 1.400 millions ; celui de la France n’a été que de 552 millions. Notre marine marchande à vapeur a gagné, de 1875 à 1900, à peu près 650.000 tonnes ; celle de l’Angleterre en a gagné plus de 8 millions et celle de l’Allemagne 1.600.000. Et ainsi de suite ! À ces renseignements précieux, quoique pénibles à méditer, le Temps ajoutait d’éloquents commentaires sur un document publié le 18 mai dernier par le Journal officiel. C’est un tableau du prix du quintal de blé en France et à l’étranger ; le quintal qui se payait 25 francs à Paris coûtait 18 francs à Breslau, 17 à Londres, 16 à Vienne et à Bruxelles, 15 à New-York et à Chicago ; de sorte que, disait notre grand confrère, « les travailleurs Français se voient surchargés de sommes allant de 7 francs à 10 fr. 25 par rapport aux travailleurs étrangers ».

Les attentats de Salonique.

Nous ne cacherons pas, puisqu’ils nous en fournissent l’occasion, notre maigre sympathie pour les Bulgares et leur gouvernement. Non pas que celui-ci mérite d’être impliqué directement dans les douloureux événements dont Salonique a été le théâtre, mais il est responsable pour une large part des « intoxications » d’orgueil national qui ont conduit à de pareils forfaits. Qu’étaient les Bulgares pourrait-on dire en parodiant le mot de Siéyès ? Rien. Que veulent-ils devenir ? Tout. Eh bien, c’est un peu trop. Ils ne sont pas seuls en orient et la chrétienté Balkanique ne leur a nullement donné le droit de parler en son nom. Elle devine en eux des oppresseurs eventuels qui pourraient se montrer plus intolérants et plus cruels que les Turcs eux-mêmes. Ceux-ci ne cherchent point à « ottomaniser » les peuples conquis. La Bulgarisation de la Macédoine, telle qu’elle se poursuit depuis longtemps déjà sous l’œil inquiet des Grecs et avec la protection nettement affichée de la Russie, est une opération peu séduisante pour ceux qui pourraient se voir appelés à la subir. Bien qu’ils se soient passés à Salonique, les récents attentats forment un épisode de cette tragique entreprise.