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Page:Revue du Pays de Caux n2 mai 1902.djvu/9

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

Les « Trusts » et leur avenir.

Un dernier mot à propos de l’Amérique et des gigantesques « Trusts » qui prennent naissance sur son sol et font sentir leur action bien au-delà. Un « Trust » est une coalition d’intérêts capitalistes. Cela pourra devenir autre chose dans l’avenir, mais actuellement, c’est cela et rien autre : la forme moderne de ce qu’on appelait autrefois l’accaparement. Le dernier Trust en date est celui de la navigation transatlantique. On l’appelle grandiosement « le Trust de l’Océan ». Il vise à monopoliser, de fait, les moyens de transport entre l’Europe et l’Amérique. Il est formé par les principales Compagnies existantes qui, chacune conservant son autonomie administrative, s’unissent en un faisceau puissant, sous l’impulsion d’un syndicat inspiré et dirigé par le fameux milliardaire Pierpont Morgan. En principe, il est bien certain que ces sortes de monopoles créés par un groupe de particuliers sont dangereux et condamnables. Seulement, la société moderne est surtout éprise de faits et de données pratiques : les principes, elle en a de moins en moins cure. Loyalement conduit, il est probable que le Trust peut devenir une forme très utile d’expansion commerciale, par la réduction des frais de production et d’exploitation qu’il est susceptible d’engendrer. Il peut, d’autre part, assurer la stabilité industrielle, ce qui serait un plus grand bienfait encore. Récemment, un des grands Trusts Américains, celui de l’acier, vient de publier son premier rapport annuel. Ce document qui accuse un bénéfice de 425 millions de francs, indique également que la demande a été si forte, cette année, qu’elle eût abouti forcément à une hausse des prix, si le Trust ne s’était mis en travers, refusant même les primes qu’on lui offrait pour hâter les livraisons. De la sorte, il n’y a pas eu surproduction ni hausse de prix. L’ouvrier Américain est assez intelligent et instruit pour se rendre compte que les crises dont il souffre périodiquement sont dues, précisément, à de pareilles hausses de prix et si le Trust arrive, en immobilisant les prix de vente, à établir enfin la stabilité industrielle, il est tout prêt à lui témoigner une vive gratitude. Il serait donc tout à fait inexact de se représenter le Trust et le Syndicat ouvrier comme deux puissances en hostilité nécessaire l’une contre l’autre ; toutes deux cherchent leurs intérêts et leurs intérêts peuvent très bien être