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REVUE DU PAYS DE CAUX

est, de toutes les incarnations du pouvoir, celle que la démocratie peut le mieux respecter et suivra le plus volontiers. La preuve en est faite ; mais n’est-il pas curieux qu’en cet âge républicain, la main des femmes ait consolidé des trônes, qu’aux âges monarchiques, les fautes des hommes avaient si fort ébranlés ?

La République Cubaine et l’Empire Espagnol.

Par une coïncidence ironique, le couronnement du roi d’Espagne et l’inauguration de la République Cubaine ont lieu presque au même instant. Le président du nouvel État, M. Thomas Estrada-Palma assume une tâche difficile, mais à laquelle il semble mieux préparé qu’aucun de ses compatriotes. Il connaît et il aime les États-Unis ; sans leur céder sur des choses trop essentielles, il n’aura pas l’intransigeance qu’on eût pu redouter d’un Cubain trop exclusif. C’est d’ailleurs un éducateur, non un politicien, ni un financier. Quelles que soient les entraves un peu excessives dont les États-Unis entourent l’exercice de la liberté Cubaine, les précautions dont ils s’arment pour l’avenir, la protection un peu lourde qu’ils se réservent d’exercer sur leur petite voisine, celle-ci ne leur en doit pas moins une grande reconnaissance. Sans l’intervention des navires et des soldats Américains, elle eût en vain poursuivi une lutte, inégale et ruineuse. Sans doute, elle n’est encore qu’une faible convalescente et s’effraye des traites que pourraient tirer sur elle les capitalistes yankees ; les petits ennuis présents et à venir ne sont rien pourtant à côté des horreurs du passé ; que la République Cubaine n’oublie pas trop vite les services rendus !

Ce passé, chose étrange, n’a guère laissé de haines subsister entre l’ancienne mère-patrie et sa colonie émancipée. À peine chassés de l’île, les Espagnols sont sur le point d’y devenir populaires.

Dans son message, le président Palma s’exprime en termes particulièrement sympathiques à l’égard de l’Espagne et, par un dernier acte de sage clairvoyance, la reine-régente a marqué que son fils devrait s’inspirer de sentiments analogues. Chose plus étrange encore, les défaites de 1898 ont accru le prestige des vaincus dans tout cet immense continent sud-américain, dont les habitants, en majorité, descendent d’eux et parlent leur langue. Des échanges de courtoisies significatives ont eu lieu ; on a réveillé les vieux sou-