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REVUE DU PAYS DE CAUX

(les armées alliées s’étaient partagées la capitale Chinoise et en occupaient chacune une portion), Loti en rapporte le croquis suivant : « La partie de Pékin dévolue à la France et qui a plusieurs kilomètres de tour, est celle que les Boxers, pendant le siège, avaient le plus détruite, celle qui renfermait le plus de ruines et de solitudes, mais celle aussi où la vie et la confiance ont le plus tôt reparu. Nos soldats sont ceux qui fusionnent le plus gentiment avec les Chinois, les Chinoises et même les bébés chinois. Dans tout ce monde-là, ils se sont fait des amis et cela se voit de suite à la façon dont on vient à eux familièrement, au lieu de les fuir… Dans ce Pékin Français, la moindre maisonnette, à présent, a planté sur ses murs un petit pavillon tricolore comme sauvegarde. Beaucoup de gens ont même collé sur leur porte un placard de papier blanc, dû à l’obligeance de quelqu’un de nos troupiers, et sur lequel on lit en grosses lettres d’écriture enfantine : Nous sommes des Chinois protégés Français, — ou bien : Ici, c’est tout Chinois chrétiens. Et le moindre bébé en robe ou tout nu, coiffé d’un ruban et d’une queue, a appris à nous faire, en souriant, le salut militaire quand nous passons ».

Au cours d’une excursion en armes, Loti et son escorte débouchent soudain d’un chemin creux et les laboureurs qui prennent peur jettent leurs bêches et s’apprêtent à détaler quand l’un d’eux s’écrie : Fauko pink (soldats Français) ; et le travail, devant cette certitude, reprend paisiblement.

Cette petite scène se passe non loin de la ville de Laï-Chou-Chien où Loti trouve casernés, depuis sept ou huit mois d’hiver, cinquante soldats d’infanterie de marine qui n’ont point perdu leur temps. « Ce quartier Français, écrit-il, est comme un coin de vie, de gaieté et de jeunesse au milieu de la vieille Chine momifiée. On voit que l’hiver a été salubre pour nos soldats, car ils ont la santé aux joues. Et ils se sont organisés, d’ailleurs, avec une ingéniosité comique et un peu merveilleuse, créant des lavoirs, des salles de douches, une salle d’école pour apprendre le Français aux petits Chinois, et même un théâtre. Vivant en intime camaraderie avec les gens de la ville, qui, bientôt ne voudront plus les laisser partir, ils cultivent des jardins potagers, élèvent des poules, des moutons, des petits corbeaux à la becquée — voire des bébés orphelins ».

À Tien-Tsin, il existe une industrie spéciale, celle des petites statuettes en terre cuite figurant des Chinois de toutes les condi-