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Page:Revue du Pays de Caux n2 mai 1902.djvu/34

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REVUE DU PAYS DE CAUX

environ 5 ans que Cecil Rhodes, au cours d’un voyage en Europe, rendit visite à Guillaume ii et les chambellans impériaux n’ont pas oublié encore leur profonde stupéfaction en voyant leur maître reconduire lui-même, après une audience de plus de deux heures, l’étonnant visiteur qui avait osé se présenter devant lui en complet de voyage, veston gris et gros souliers. À cette époque pourtant, Rhodes n’était point germanophile. En traversant Paris, il rendit visite au Président et à M. Hanotaux, alors ministre des Affaires Étrangères ; il exposa à ce dernier tous les avantages qui pouvaient résulter d’une alliance Anglo-Franco-Russe ; celle-là semblait avoir toutes ses préférences et il s’offrait en quelque sorte à travailler à sa réalisation. Découragé par l’accueil du gouvernement Français dont aucun membre ne comprit la valeur extraordinaire de l’homme ni la portée du plan, il se retourna vers l’Allemagne et les États-Unis. Ce qui est curieux à noter, c’est que dans sa pensée, une alliance à trois était nécessaire à l’Angleterre et son testament prouve qu’à cet égard il n’avait pas changé d’avis.

En dernier lieu, Rhodes pense à ses héritiers et il subordonne les avantages qu’il leur fait à leur qualité d’hommes occupés ; il faut qu’ils aient des carrières ; il ne veut rien laisser à des oisifs. Sa conception de l’homme est singulièrement éclairée du reste par le détail des conditions qu’il pose pour l’obtention de ses bourses à l’Université d’Oxford. On devra tenir compte : en premier lieu, de la valeur intellectuelle des candidats et de leurs succès dans leurs études — en second lieu, de leurs aptitudes sportives et de leur goût pour les jeux virils — en troisième lieu, de leurs qualités morales, bravoure, franchise, sentiment du devoir, générosité, désintéressement — en quatrième lieu, de la force de caractère dont ils ont pu faire preuve à l’école et de leur « disposition à conduire leurs semblables et à exercer de l’autorité sur eux ». Voilà des conditions propres à faire songer…

Lorsqu’eût pris fin le service solennel célébré à la cathédrale du Cap, au milieu d’une immense affluence, le corps de Cecil Rhodes partit pour son long voyage. Le convoi funèbre mit cinq jours à atteindre Buluwayo et ce fut un étrange spectacle que celui des foules émues et silencieuses qui, dans les villes où le train s’arrêta, défilèrent devant le cercueil ; parmi elles, il y avait beaucoup de Hollandais. Le septième jour, les funérailles prirent fin. Sur la crête des monts Matoppo, en un lieu que Rhodes visitait à