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Page:Revue du Pays de Caux n2 mai 1902.djvu/29

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LE DRAME SUD-AFRICAIN

de ces terres dont la fertilité merveilleuse attire et retient les colons ; la population indigène, de plus, y est nombreuse ; on estime, en y comprenant le Transvaal et l’Orange, que les possessions Anglaises, du Cap des Aiguilles au lac Tanganyka, renferment plus de 5 millions de noirs contre moins de 800,000 blancs. Ces noirs sont de médiocres travailleurs : on peut les perfectionner comme on peut améliorer le sol, mais seulement dans une proportion restreinte ; on amendera la paresse des uns et l’aridité de l’autre ; on ne les fera jamais disparaître.

Pour ces motifs, l’immigration ne se portera jamais sur l’Afrique du Sud comme elle s’est portée sur l’Amérique du Nord, par exemple, et les Hollandais, attachés à cette patrie australe, plus prolifiques que les Anglais, de goûts plus sédentaires et d’ambitions plus modestes, y prospèreront comme les Français ont prospéré au Canada ; là aussi, il y a eu du sang versé et des années d’injustices ; les Canadiens les ont pardonnées, sinon oubliées : la longue tyrannie qu’ils ont subie était peut-être plus difficile à pardonner que la guerre régulière, et pourtant la paix est venue, plus féconde encore en heureux résultats pour les vaincus que pour les vainqueurs. C’est là un enseignement à méditer, si l’on veut se faire une idée de ce que l’avenir réserve à l’Afrique du Sud.

Le Prestige Britannique

Il a grandement baissé aux yeux de l’opinion publique Européenne. Elle a comparé la république Transvalienne à l’empire Britannique, en mettant en regard leurs superficies, populations et budgets respectifs et s’est esclaffée devant la formidable disproportion des chiffres. Les hommes d’État, qui savent que l’Angleterre n’avait qu’une petite armée, un État-major très peu instruit et aucune préparation, technique ou autre, en vue d’une guerre Sud-Africaine, se placent à un point de vue différent ; ils admirent comment un pareil transport d’hommes, de chevaux et de canons a pu se faire régulièrement, sans même avoir recours à la marine de guerre. Ils sont surpris, d’autre part, que dans toute l’étendue de l’Empire, aucune révolte n’ait éclaté, aucune désaffection ne se soit produite, et que l’unité, bien loin d’être ébranlée, paraisse aujourd’hui consolidée. Enfin, dans les pays lointains et exotiques,