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REVUE DU PAYS DE CAUX

L’Avenir Sud-Africain

Si nous regardons un peu loin devant nous, il apparaîtra que les rêves, en apparence fort opposés, de Cecil Rhodes et du Président Krüger, sont destinés à se réaliser, non seulement simultanément, mais l’un par l’autre. L’empire Sud-Africain est dès à présent une réalité ; les « États-Unis » de l’Afrique du Sud ne sont pas encore organisés et ils ne sont pas même « Unis » ; n’empêche que leur dislocation n’est déjà plus possible ; du jour où cet immense territoire se trouve percé à jour, traversé par un chemin de fer et semé de villes embryonnaires, les Blancs qui sont aux Noirs dans la proportion d’un à cinq, sont bien obligés de s’unir pour contenir ceux-ci, les utiliser, leur résister à l’occasion ; des intérêts communs sont nés qu’ils ne sauraient négliger, des devoirs communs auxquels ils ne sauraient se soustraire.

Considérez l’Afrique du Sud et réfléchissez à ses conditions d’existence : vous verrez qu’il n’y a point de rancunes, si légitimes soient elles, pas de haines, si fortes soient elles, qui puissent entraver cette collaboration de tous les Blancs, tant, dès la paix rétablie, elle s’imposera à eux comme fatale et inéluctable. Elle ne l’était pas, évidemment, avant que les territoires du Nord ne fussent colonisés ; elle naissait en même temps que le chemin de fer ; elle existait du jour où Cape Town se trouvait relié à Buluwayo. Cecil Rhodes l’avait compris : de là sa hâte à monter vers le Nord.

Mais si l’Union Sud-Africaine est fondée (en ce sens que ce qui la forcera à se faire est accompli) le rôle des Hollandais dans cette Union se trouve également assuré : n’était-ce pas, après tout, ce que désirait « l’Oncle Paul » ? Séparés en beaucoup de tronçons, les Hollandais (Boers du Transvaal, fermiers de l’Orange et de Natal, Afrikanders du Cap) ont retrouvé, à travers de dures épreuves, leur unité. Or, ils forment la race prépondérante, non seulement par leur caractère prolifique mais par la nature du travail qui les lie au sol. Les mines d’or seront assez vite épuisées. Elles ne représentent, d’ailleurs, que des îlots industriels, disséminés à travers un territoire que sa configuration, son climat, son hydrographie vouent à l’agriculture, mais à une agriculture qui ne sera jamais très rémunératrice. Sans parler des vastes espaces stériles ou irrémédiablement malsains, tels que le désert de Kalahari ou les marécages du Ngami, il n’y a pas, dans le Sud Afrique,