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Page:Revue du Pays de Caux n2 mai 1902.djvu/27

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LE DRAME SUD-AFRICAIN

et tous les vices à gauche. Il semble malheureusement indéniable que des cruautés inutiles ont été commises, qu’il y a eu des excès impunis et que certaines maladresses ont dégénéré en crimes. L’ignorance où l’opinion publique européenne se trouvait des conditions réelles de la lutte, ainsi que son ignorance du pays au point de vue géographique et ethnologique paraissent avoir été exploitées dans la presse Anglaise aussi bien que dans la presse Bœrophile du continent. Les passions ainsi soulevées ont empêché ensuite les critiques clairvoyants et raisonnables de se faire entendre. Il y a comme un nuage d’épaisse poussière sur ce sinistre paysage ; quand la poussière sera tombée, les lignes en deviendront visibles ; tenez pour certain qu’un grand nombre de calomnies tomberont avec la poussière… Les statistiques seront à reviser. Pour les Boers, elles indiquent déjà plus de morts et de prisonniers qu’il n’y avait de combattants. Quant aux Anglais, on compte parmi les « hors de combat » tous les volontaires renvoyés dans leurs foyers et remplacés par d’autres. Au total, il y aura beaucoup de victimes, beaucoup trop… Combien, pourtant, on sera loin de cette guerre de Crimée qui dura aussi trois ans et coûta la vie à 95.000 Français, à 20.000 Anglais, à 2.000 Piémontais, à 30.000 Turcs, à 110.000 Russes, pour la plus sotte des querelles et le plus futile des prétextes !

Une autre observation à faire, c’est que l’unanimité, parmi la population Hollandaise de l’Afrique du Sud, n’a jamais existé. Beaucoup d’Afrikanders ont refusé de prendre part à la guerre ; le soulèvement général, escompté par les Boers, ne s’est pas produit ; il est même advenu, ce qui est peu explicable et moins honorable encore, qu’un petit nombre de Boers ont, finalement, pris les armes pour aider les Anglais.

Enfin, la responsabilité lourde qui incombe, en toute cette affaire, au gouvernement Britannique, s’accroît du fait qu’à deux reprises, on a repoussé les chances de paix qui s’offraient. Rien n’était plus aisé, lorsque Lord Roberts fut entré en vainqueur à Prétoria, que de proclamer, au lieu d’une annexion fictive, une cessation d’hostilités basée sur le maintien de l’autonomie du Transvaal et de l’Orange et sur le rétablissement de la suzeraineté Anglaise. En 1901, lors des négociations entre Lord Kitchener et Louis Botha, quelques concessions de plus eussent encouragé le parti de la paix ; les dirigeants Anglais ont constamment manqué de souplesse et d’à-propos à cet égard.