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Page:Revue du Pays de Caux n2 mai 1902.djvu/25

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LE DRAME SUD-AFRICAIN

elle n’en donna pas moins au Transvaal et à son chef un très grand prestige dans tout l’univers. On opposa partout la conduite magnanime du gouvernement Transvaalien à la conduite peu franche et peu digne du gouvernement Anglais, qui parut bien plus vexé de l’échec que choqué de l’attentat et fit à Jameson un procès qui tint de l’apothéose tout autant que de la répression.

Quel que soit le point de vue auquel on se place, l’acte de Jameson était malhonnête et plus bête encore que malhonnête. Ce qui est tout à fait surprenant, c’est qu’à aucun moment un pareil projet ait pu recevoir l’adhésion de Cecil Rhodes, non pas seulement parce que Cecil Rhodes était un homme d’une intelligence presque géniale qui devait, d’un coup d’œil, en démêler l’inanité, mais parce que cette agression injustifiée allait exactement à l’encontre de son œuvre principale et ne tendait à rien moins qu’à la détruire. On sait, en effet, que tout l’effort de Cecil Rhodes peut se résumer en deux points : reconcilier les Anglais et les Hollandais — édifier à l’aide de cette réconciliation l’empire Sud-Africain. La première partie de l’entreprise était très avancée et la seconde en bonne voie, quand le raid vint mettre le feu aux poudres. Il y a là quelque chose qui demeure ténébreux et s’élucidera un jour ; en tous cas il est parfaitement inutile de nier d’une part, la complicité de Rhodes dans l’entreprise et de l’autre, l’énormité de la gaffe commise ; peu à peu nous en connaîtrons les dessous.

La Conférence de Blœmfontein

Les pourparlers qui s’ouvrirent le 31 mai 1899, dans la capitale de l’État libre d’Orange, entre Sir Alfred Milner et le président Krüger étaient destinés à ne pas aboutir. Le diplomate Anglais s’y montra d’une grande habileté s’il voulait la guerre et d’une profonde incapacité s’il voulait la paix ; or il voulait la paix, ou du moins le gouvernement Britannique la voulait. Quant au Président, sans souhaiter la guerre, il ne la redoutait pas : en secret, il procédait à des armements considérables ; il escomptait l’appui de l’État d’Orange lié au Transvaal par le traité de Potchefstrom, la révolte des Hollandais du Cap et l’intervention de l’Allemagne. Il savait que les forces Anglaises dans l’Afrique du Sud se composaient de 2 régiments de cavalerie, de 3 batteries d’artillerie et de 7 bataillons d’infanterie et ne pensait pas qu’avec son organisation