Ouvrir le menu principal

Page:Revue du Pays de Caux n2 mai 1902.djvu/18

Cette page a été validée par deux contributeurs.
58
REVUE DU PAYS DE CAUX

encore à l’acheter. Leur possession est donc indiscutable. La Compagnie Hollandaise des Indes Orientales, à laquelle ils succédaient, avait exercé son pouvoir d’une façon injuste et tyrannique et, deux fois, les Boers s’étaient révoltés contre elle. Les Anglais suivirent les détestables traditions qu’elle leur léguait. Des gouverneurs brutaux, maladroits, ignorants du pays qu’ils administraient, opprimèrent les colons et il ne parait pas que les colons Anglais fussent mieux traités que les Hollandais : expulsions, confiscations, suppressions de journaux se succédaient fréquemment. On ne protégeait que les noirs. Les missionnaires de la London Society, alors toute puissante sur le Colonial Office de Londres (ministère des Colonies), gouvernaient despotiquement et semaient partout le désordre et la discorde. Un certain nombre avaient épousé des femmes Cafres et la grande majorité d’entre eux étaient hostiles à l’installation des Européens dans le pays. Ils ne cessaient de poursuivre ces derniers devant les tribunaux, sous prétexte de mauvais traitements envers les indigènes. Dans une seule année, 80 colons furent l’objet de poursuites de ce chef sans qu’une seule des accusations formulées put être étayée par des preuves sérieuses.

L’abolition de l’esclavage était le grand cheval de bataille des missionnaires ; entreprise salutaire à coup sûr, mais trop grave pour être conduite à la légère et sans préparation. Le maintien de l’esclavage importait énormément aux colons et surtout aux colons Hollandais, aux Boers (ce mot veut dire : paysans) passionnément et exclusivement adonnés à l’exploitation agricole. Ç’avait été un des arguments les plus écoutés des partisans de la domination Anglaise que d’opposer la conduite de l’Angleterre, en cette matière, à celle de la France. La France avait ruiné la Martinique en proclamant la soudaine émancipation des esclaves. Dès 1795, on faisait peur aux habitants du Cap, déjà abandonnés par la Hollande, du joug Français et de ses conséquences et on leur promettait que l’Angleterre ne leur donnerait, de ce chef, aucun souci. Malgré cela, les esclaves (presque tous avaient été naguère amenés au Cap par des navires Anglais et vendus par des marchands Anglais) furent brusquement libérés. L’opération coûta cher au gouvernement Britannique et rapporta peu aux habitants du Cap. Quoiqu’une somme considérable eût été votée par le Parlement de Wesminster pour subvenir aux indemnités nécessaires, chaque esclave ne put être payé sa valeur ; et, de plus, les indemnités furent payables à Londres ; l’agiotage s’en mêla et finalement les proprié-