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Page:Revue du Pays de Caux n1 mars 1902.djvu/16

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REVUE DU PAYS DE CAUX

de la féodalité ». C’est bien ainsi que les choses se passent en ce moment en Prusse où, forts de leurs positions acquises, les hobereaux luttent avec une audace insolente contre le chancelier et contre l’empereur lui-même. Plus on leur fait de concessions, plus ils exigent. Ils se croient le seul rempart efficace de la royauté contre la démocratie et ils en abusent. Reste à savoir s’il est indispensable à la prospérité de la monarchie prussienne que l’aristocratie y jouisse de privilèges exorbitants au détriment de la bourgeoisie industrielle. Rien n’est moins certain. L’empereur finira par s’en rendre compte et lâchera ses hobereaux à moins qu’il attende d’y être obligé par la poussée de l’opinion. En tous cas, ceux-ci sont condamnés par leur inertie, leur ignorance et leur entêtement, à faire un jour ou l’autre une colossale culbute dans laquelle ils courent grand risque de se fendre le crâne. Et le bourgeois, leur successeur, en ramassant les débris, pourra dire, avec Ésope : Quelle belle tête ! Mais de cervelle, point !

Un livre du Président Roosevelt.

The Strenuous life (la vie vaillante), tel est le titre d’un nouvel ouvrage de Théodore Roosevelt, l’homme puissamment charpenté dont la mort tragique de William Mac Kinley a fait, à l’improviste, le chef indiscuté de 80 millions d’Américains. Cet aristocrate, qui apporte à recevoir le frère de l’empereur Guillaume ii la même aisance qu’à « tomber » un escarpe au coin d’une rue, a marqué partout où il a passé ; qu’il s’agisse de sport ou de politique, de guerre ou de littérature, chacune de ses œuvres porte l’empreinte de sa robuste originalité. Son nouveau livre contient de récents discours, quelques études déjà publiées dans des revues, enfin un certain nombre de pensées et de réflexions qui dépeignent à merveille le Président, ses instincts et ses idées. « Quand les hommes craignent le travail ou la guerre, écrit-il, quand les femmes redoutent la maternité, ils sont au bord de l’abîme ; il est juste alors qu’ils disparaissent de la surface de la terre, car ils y sont l’objet du mépris des hommes et des femmes qui sont restés forts, braves et d’un esprit élevé ». Voilà une conception de l’humanité qui est à la fois simple et rude. Pour incomplète qu’on doive la tenir, il n’en est pas moins intéressant de noter ce langage sur les lèvres d’un chef d’État de 1902. Aucun souverain absolu n’eût parlé ainsi il y a cinquante ans. Bismarck, peut-être, eut dit la même