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HISTOIRE D’UN ARCHIPEL BRUMEUX

princesse dont on a souvent redit les vertus et qui, devenue reine d’Écosse, tenta de relever de ses ruines le monastère d’Iona et y installa des religieuses dont la communauté vécut jusqu’à la Réforme. Lorsque Malcolm fut mort, son frère Donald voulut s’emparer du trône au détriment de ses neveux et, profitant des troubles que suscitait cette tentative d’usurpation, le roi de Norwège, Magnus aux pieds nus, acheva sa conquête. En 1093 il se fit céder les Hébrides. Le traité stipulait la cession de toutes les terres dont le roi pourrait faire le tour avec ses vaisseaux et les Écossais pensaient s’être ainsi réservé la fertile presqu’île de Cantyre. Magnus attela huit chevaux à un navire qu’il plaça sur un char et, s’installant lui-même au gouvernail, il traversa triomphalement l’isthme de Cantyre pendant que ses matelots faisaient le simulacre de ramer. En 1097 Magnus visitant en détail sa nouvelle conquête débarqua à Iona qu’il réunit à l’évêché de Drontheim ; il salua les tombes de ses prédécesseurs et laissa subsister la pieuse fondation de la reine Marguerite.

Les Norwégiens établirent dans l’île d’Islay le centre de leur domination. Ils parsemèrent les Hébrides de forteresses dont les ruines, encore nombreuses au siècle dernier, sont maintenant presque disparues : sortes de tours sans ornements percées d’étroites meurtrières, toutes élevées sur le même modèle et faites de blocs irréguliers. D’autres monuments datent de la même époque. Ce sont des cairns, sépultures formées de pierres amoncelées. Ceux qui voulaient honorer la mémoire du mort jetaient une pierre sur sa tombe en passant auprès. Les montagnards conservèrent longtemps une façon de parler qui évoquait cet antique usage. Lorsqu’ils voulaient obtenir quelque concession d’un seigneur, ils lui disaient : « Curri mi doch er do charne. J’ajouterai une pierre à votre Cairn ».

Cependant Magnus avait porté plus loin ses vues ambitieuses. Après les Hébrides, il voulait l’Irlande. Il fut tué devant Dublin en 1103. Ses successeurs, retenus chez eux par des guerres civiles, se contentèrent d’un hommage platonique rendu par leurs vassaux Écossais ou de quelques tributs qu’ils en recevaient. Conserver et exercer le pouvoir suprême en ces parages n’était pas aisé. La féodalité s’organisait en Écosse et dans les archipels voisins : les clans y devenaient prépondérants. Les rivages désertés depuis le départ des moines se couvraient de châteaux forts ordinairement placés dans des positions inexpugnables et