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REVUE DU PAYS DE CAUX

ce temps ne renonçaient pas facilement au contact des armes. Recrutés parmi les premières familles, ils avaient pour frères et cousins des princes et des rois dont les querelles ne les laissaient point insensibles. Aussi prenaient-ils quelquefois une part active aux combats. La métamorphose lente de Colomban, la mansuétude succédant en lui à l’emportement, l’esprit de pardon à l’esprit de vengeance, devaient donc lui attirer plus de réputation que toutes ses conquêtes spirituelles. On le vit bien lorsque après sa mort, son tombeau fut devenu un centre de pèlerinage.

Il mourut au mois de juin 597. « Colomban, dit son successeur l’abbé Adamnan, savait que son départ était proche. Sur une colline d’Iona, des troupes d’anges le visitaient souvent et quand venait la nuit, une lueur étincelante l’environnait ». L’abbé quittait sa cellule et les moines réveillés par cette lumière miraculeuse le suivaient en silence. Puis prosternés autour de lui dans le sanctuaire, ils joignaient leurs accents aux siens. Et de loin les habitants des îles voyaient resplendir dans les ténèbres les fenêtres de la cathédrale au pied de laquelle mugissait l’océan. Colomban avait 76 ans ; ses austérités l’avaient affaibli et il pouvait à peine marcher. Il ordonna donc d’atteler des bœufs à une des charrettes qui servaient à la moisson et ce rustique équipage lui fit faire une dernière fois le tour de l’île. À l’occident, sur un plateau plus fertile que le reste du sol, les moines labouraient. Quand ils virent arriver leur abbé, ils abandonnèrent leurs travaux et se groupèrent autour de lui. Il leur parla pour la dernière fois, leur donnant de tendres conseils, les remerciant de leur zèle à le seconder et les exhortant à persévérer dans les voies du salut. Puis il se leva et regarda longuement son archipel ; les îles environnantes lui apparurent une dernière fois et sa bénédiction tomba sur ses disciples agenouillés autour de lui et sur les terres lointaines qu’il avait évangélisés. L’attelage de l’abbé reprit le chemin du monastère et dans la nuit Colomban s’éteignit paisiblement sur les marches de l’autel. La nouvelle de sa mort attira aussitôt une longue file de pélerins. Sans doute nulle fleur ne para la tombe de l’apôtre en ce pays où les fleurs semblent n’avoir jamais été connues ; mais des lumières innombrables brûlèrent alentour et l’affluence des visiteurs témoigna d’une vénération constante.