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Page:Revue du Pays de Caux n1 janvier 1903.djvu/31

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HISTOIRE D’UN ARCHIPEL BRUMEUX

manoirs féodaux : ces annales de pierre embrassent dans le passé une période de quinze siècles.


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L’obscurité la plus profonde enveloppe les Hébrides aux premiers âges historiques. Les Romains les connaissaient-ils ?… Lorsqu’en l’an 120 après J.-C., Agricola repoussé par les Calédoniens se retira au sud de l’Angleterre, il envoya des vaisseaux avec mission de reconnaître si l’Angleterre était une île. « Les marins revinrent, dit M. Guizot, annonçant qu’aucune langue de terre ne rattachait la Bretagne au continent, qu’ils avaient aperçu dans le lointain Thulé enveloppée dans une région de nuages et de neiges éternelles et que les mers qu’ils avaient traversées étaient stagnantes, pesantes sous la rame, sans être agitées par le vent et la tempête. » Si cette Thulé que les anciens regardaient comme l’extrémité du monde n’est autre que l’Islande, on se demande comment des hommes si peu préparés à une pareille expédition ont pu l’accomplir ? Mais le récit des marins d’Agricola semble détruire cette hypothèse. L’océan Atlantique est sans cesse bouleversé par l’ouragan tandis que les flots gris d’acier de la mer du Nord demeurent souvent immobiles pendant de longs jours. Donc Thulé n’était probablement que l’une des Shetland et les Romains ne firent pas le tour complet de l’île.

Vers cette époque vivait le héros légendaire dont nous irons visiter le palais, Fingal, père d’Ossian. Fingal était roi de Morvern ; on nomme ainsi une haute montagne du Caithness, le comté le plus septentrional de l’Écosse. Certains en ont fait une sorte de Vercingetorix qui, plus heureux que le nôtre, aurait repoussé l’invasion de l’empereur Caracalla ; les amateurs de mythologie veulent voir en lui un personnage un peu surnaturel, un demi-dieu étrange et charmant. Si vous désirez mon humble avis, c’était bonnement un chasseur intrépide vêtu de peaux de bêtes, la poitrine ornée de tatouages ; d’ailleurs un hercule qui n’eut pas déparé la foire de Saint-Cloud. Son fils nous a laissé le récit des exploits paternels dans ses poésies que la traduction a dénaturées et qui, sous leur vraie forme, sont empreintes d’une hardiesse farouche bien plus que de mélancolie.

À travers des renseignements incertains et sans suite on entre-