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Page:Revue du Pays de Caux n1 janvier 1903.djvu/24

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REVUE DU PAYS DE CAUX

Don Pedro, au contraire, paraît devoir clore la série des « rois en exil ». Et ces tendances à renforcer le pouvoir personnel ont passé les mers et transformé la présidence de la plus grande république de l’univers ; sûrement le chef d’État Américain n’a jamais été dépourvu d’action ; mais ni Washington, ni ses successeurs immédiats ne se sentirent poussés par l’opinion à faire usage de leurs prérogatives comme l’est le président Roosevelt, comme l’était même son prédécesseur Mac-Kinley dont la personnalité pourtant ne s’affirmait guère.

Est-ce le césarisme, tout cela ? Non pas. Certaines républiques voguent peut-être vers une sorte de césarisme civil inconnu du passé. Mais les monarchies demeurent résolument héréditaires et le principe héréditaire est contraire au césarisme. Le nouveau régime est un néo-impérialisme que nous comprendrons mieux en cherchant quelles sont les forces nationales, les passions populaires qui lui servent de base.


Force, richesse et race

La démocratie nouvelle n’est pas moins différente dans son idéal que dans sa forme de la démocratie de la veille : au lieu de s’éprendre de plus en plus de paix, de modération, de liberté et de justice, elle a le culte de la force, de la richesse et de la race.

La force, elle est partout et désormais indiscutée. La conférence de La Haye n’a pu atteindre un résultat quelconque ou une apparence de résultat qu’à la condition d’écarter toute proposition de désarmement ; rien que d’en parler l’eût rendu impopulaire. Après 1870, les charges militaires apparaissaient aux yeux des nations Européennes comme une fâcheuse nécessité ; elles jugeaient l’état de paix armé indispensable mais en même temps elles le jugeaient néfaste ; depuis lors, les idées ont évolué ; beaucoup se sont pris à considérer que les sommes ainsi dépensées n’étaient point de l’argent perdu parce que le militarisme était producteur de force morale et contribuait directement de la sorte au bien et à la prospérité de la nation. Il n’est pas un seul pays qui depuis vingt ans ait réduit le moindre de ses effectifs ; la Suisse, elle-même, a développé ses institutions militaires et créé une armée dont on ne parle pas beaucoup mais qui n’en a pas moins une véritable