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Page:Revue du Pays de Caux n1 janvier 1903.djvu/18

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REVUE DU PAYS DE CAUX

en faveur de l’expansion coloniale. — Et en voici d’autres qui devraient faire réfléchir les centralistes de la métropole. Songez qu’il y a cinquante ans nous avions le bonheur de posséder en France 180.000 fonctionnaires ; c’était déjà presque autant qu’en emploient les Anglais (militaires compris) pour gouverner dans leur empire Indien deux cents millions d’indigènes ; ces 180.000 individus nous coûtaient 255 millions de francs, somme très respectable. Aujourd’hui, nos fonctionnaires sont au nombre de 416.000, toute une armée, et ils nous coûtent 620 millions de francs. Cela représente, pour être juste, certaines améliorations, mais à quel prix les avons nous obtenues et qui oserait dire qu’on ne pouvait les obtenir à meilleur marché ?

La France en Égypte.

La situation dans laquelle se trouvait depuis 1881 la colonie Française en Égypte n’était rien moins que satisfaisante et son attitude était une attitude de bouderie perpétuelle. La chose se comprend très bien et s’excuse par là même ; elle n’en vaut pas davantage pour cela. Le premier inconvénient de la bouderie c’est de constituer une manière d’être qui est peu digne d’une grande nation ; sans doute c’est encore préférable à des aboiements de roquets, à ces protestations, à ces malédictions solennelles qui ne font, aux yeux des spectateurs, qu’aggraver l’importance d’une défaite, que souligner le caractère d’une retraite ; mais la vraie attitude, celle qui convient à un peuple aussi bien qu’à un particulier, c’est la poignée de main virile, accompagnée de ces mots : « vous m’avez rossé, c’est entendu ; vivons en paix jusqu’à ce que je puisse vous rosser à mon tour ». Le second inconvénient de la bouderie et le plus grave c’est qu’on ne sait jamais comment y mettre fin sans avoir l’air de renoncer à des rancunes longtemps affichées ou d’abdiquer toute pensée de revanche après en avoir vécu. En définitive, il arrive un moment où des intérêts de tout genre exigent que des relations courtoises et suivies soient reprises entre adversaires de la veille. Si on les a reprises dès le début, nul embarras ; si on a commencé par bouder, on ne sait que faire. La France se trouvait hier encore, au Caire, en présence d’une de ces situations regrettables et compliquées ; plusieurs de ses représentants s’y étaient usé les ongles. M. Cogordan en arrivant, il y a huit ans, se montra plus brave et plus habile et sa longue