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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/879

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nos compatriotes, à l’imitation des Anglais, qui eux commencent à user largement de ce mode de transport pour eux-mêmes et leurs marchandises, se lancent résolument dans la voie de l’utilisation intensive et rationnelle de l’aviation commerciale.

Il y a là une industrie qui peut et qui doit ajouter un nouveau fleuron à la couronne de la France, car rien ne peut empêcher, aucun égoïsme privé, aucune inertie publique ne-peut empêcher que notre pays ne soit placé au carrefour nécessaire des lignes aériennes du monde entier, de celles qui unissent ou uniront demain l’Europe à l’Afrique, l’Amérique à l’Europe, l’Angleterre et la Scandinavie à l’Europe méridionale et à la Méditerranée.

Certes, les difficultés ne manquent pas, mais certaines sont fort exagérées par le public peu averti et notamment celles qui concernent la sécurité en avion. C’est ainsi que d’une statistique publiée par le service de navigation et concernant le bilan des accidents d’aviation pour la période du 1er janvier au 15 juillet 1920, il résulte que l’aviation civile française a parcouru dans cette période environ treize cent mille kilomètres (ce qui représente environ trente-deux fois le tour complet de la terre à l’équateur). Or il n’y a eu dans ce laps de temps que 5 tués et 7 blessés dans des accidents d’aviation. Bien des compagnies de chemin de fer ou de navigation ne pourraient présenter des statistiques aussi rassurantes que celle-là.

Je sais qu’il y a d’autres difficultés, qu’on n’est pas encore d’accord notamment sur l’adoption d’un type d’avion commercial.

Aura-t-on, comme avion définitif, un appareil très rapide à faible capacité de transport, ou un appareil moins vite, mais à gros tonnage ? Je crois, pour ma modeste part, que c’est une erreur de chercher un type d’avion unique, et qu’il faudra adopter au moins deux types définitifs, correspondant à des besoins différents. L’avion omnibus (je veux dire également propre à des fonctions variées) a fait faillite et ne pouvait que faire faillite pendant la guerre pour des raisons que j’ai exposées ici même autrefois. Il en sera de même de l’avion pacifique.

D’autres questions encore se posent : Construira-t-on les avions entièrement en métal ou non ? Comment assurera-t-on l’exploitation rémunératrice des lignes aériennes ? Se préoccupera-t-on surtout des transports lointains ou des transports rapprochés, les conditions de concurrence des autres modes de transport étant différentes dans les deux cas ?

Autant de questions essentielles que demain résoudra. Mais le problème primordial, celui dont la solution conditionne celle de tous