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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/878

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l’amerrissage, pour des raisons techniques trop longues à exposer ici, est toujours plus dangereux et propice au « capotage » que l’atterrissage. Mais il ne saurait être question de penser à cela, puisque, par-delà les « petits bateaux » que nous survolons et qui sont, paraît-il, des steamers de 10 à 20 000 tonnes, voici déjà les falaises d’Angleterre. Nous n’avons d’ailleurs pas cessé de les voir de la côte de France, et vraiment, lorsqu’on est à peu près à égale distance des rives, il semble qu’on les toucherait des deux pieds en écartant un peu les jambes. D’en haut, ce n’est vraiment rien du tout que ce Channel qui a déjà fait couler tant d’encre et de sang. C’est que le point de vue de l’avion est un acheminement léger, mais incontestable, vers le point de vue de Sirius.

Nous abordons assez haut les falaises britanniques pour éviter les remous qu’elles peuvent produire ; |nous les passons entre Douvres et Folkestone, brillantes et fraîches sous la lumière, et nous filons maintenant à 1 000 mètres environ, droit sur Londres. Autant la campagne française est de tonalité variée à cause de ses cultures si nombreuses, autant la campagne anglaise est uniformément verte avec ses bois et ses prés que suivent d’autres prés et d’autres bois, sans qu’une seule fois un champ de blé vienne piquer dans ce plat d’épinards (d’ailleurs assaisonné de poivre rouge par les toits des cottages) sa gaité dorée.

Puis tout à coup, et sans qu’on ait le temps de crier ou même de penser « gare ! », par-dessus quelques toits et quelques arbres, et en une descente brusquée et très douce pourtant, nous arrivons au sol que nous abordons avec un moelleux et une maestria tels que nous doutons si nous sommes encore en l’air, alors que déjà l’avion est arrêté et l’escalier disposé à la porte du wagon. C’est Croydon, le Bourget londonien. De là, — après une nouvelle visite de douane et de passeports, — une auto rapide nous dépose en une vingtaine de minutes, nous et nos bagages, en plein Londres, à notre hôtel.

Normalement, le voyage dure deux heures et demie. Il a été cette fois légèrement plus long, — et nous nous en félicitons tous, car notre plaisir en fut prolongé, — à cause du fort vent du Nord qui nous était contraire.


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Je voudrais que ces quelques impressions beaucoup de Français se décidassent à les éprouver à leur tour. Il ne s’agit pas seulement de tourisme, de snobisme même, ou de voyages d’agrément. Il faut que