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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/870

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Le public ignore encore trop tous les progrès réalisés dans ce domaine, toutes les commodités, toutes les sécurités acquises. Le jour où il aura compris, le jour où il saura, l’aviation commerciale est non seulement sauvée, mais assurée du plus lumineux avenir. C’est avec l’espoir d’y contribuer dans la mesure de mes faibles moyens que j’écris aujourd’hui ces lignes.


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Il est avant tout indispensable que le public sache que l’aviation a cessé d’être un sport, ou du moins exclusivement un sport, pour entrer définitivement dans l’application commerciale et pratique. C’est peut-être d’ailleurs, — car toute médaille a son revers, — ce qui la fait un peu oublier. Quand la traversée aérienne de la Manche était considérée comme un rare exploit nécessitant tous les héroïsmes tous les courages, chacun se passionnait pour elle et les gazettes n’avaient point assez de pages — bien qu’on ignorât alors la crise du papier — pour désaltérer à ce sujet l’inextinguible curiosité publique. Aujourd’hui que cette traversée se fait chaque jour une dizaine de fois, et que M. Joseph Prudhomme lui-même, et M. Perrichon survolent confortablement la Manche étincelante, sans songer même à en tirer vanité, on n’en parle plus, ou du moins on en parie moins, et c’est fâcheux. — C’est précisément parce qu’elle est sortie de la période héroïque, de la période purement sportive, pour entrer dans l’ère pratique, c’est-à-dire utile, que l’aviation prend maintenant sa vraie importance.

Il en est ainsi ici-bas de la plupart des chemins qui mènent au progrès : frayés d’abord à grands coups d’estoc et de taille par les don Quichotte, lesquels sont rares, ils ne prennent toute leur valeur que lorsqu’ils peuvent être parcourus sans inutile héroïsme et confortablement par les Sancho-Pança, lesquels constituent, comme on sait, le gros de l’armée humaine.

Et maintenant, sans entrer plus avant dans des considérations générales qui se dégageront d’elles-mêmes, implicitement, du simple exposé des faits, je veux narrer combien simplement, confortablement, agréablement on se fait aujourd’hui porter de Paris à Londres. Encore une fois, ce qui peut donner quelque intérêt à cet exposé, c’est qu’il s’agit d’un service quotidiennement assuré, suivant un horaire défini, et indépendant du temps qu’il fait, c’est en un mot qu’il s’agit d’une chose courante. Alors que tant de nos contemporains ont éprouvé déjà la sensation du vol en avion, alors qu’un si grand