Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/654

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


telle entreprise. Cette philosophie sépare nettement les deux substances de l’étendue, ou matière, et de l’âme. Elle n’est pas le moins du monde panthéiste. Et elle préfère l’âme à un tel point que ce qui n’est que l’étendue, ou matière, lui semble un peu indigne de son intérêt : mauvaise disposition, pour attribuer une vive importance et, une poésie aux réalités inanimées de la nature ou de la campagne. Cette philosophie exige que les idées soient claires et distinctes. Elle refuse toute qualité spirituelle aux idées obscures et confuses. Elle ne compte à peu près pour rien le mystérieux travail de l’esprit, sa rêverie vague et son état de moindre conscience, où les dehors de la pensée ont leurs secrètes origines et leur préparation cachée. Elle prend, pour ainsi dire, la pensée toute faite. Ce qu’elle néglige, c’est précisément ce qui occupe l’âme enfantine, ce qui compose la vie mentale de l’enfance.

De nos jours, la philosophie a changé. Les mœurs, en même temps que la philosophie, ont changé. Les enfants tiennent plus de place, dans une société qui a beaucoup moins réglé ses diverses hiérarchies, notamment celles qui résultent de l’âge. On a réclamé, pour les enfants, des droits ou l’on a autorisé des prétentions, parfois légitimes, souvent déraisonnables. Aucun mémorialiste d’autrefois n’aurait songé à écrire des Souvenirs d’enfance et de jeunesse analogues à ceux de Renan, ou analogues au Roman d’un enfant de M. Pierre Loti : ces deux livres admirables portent la marque de notre temps.

Or, dans la plus récente littérature, les romans de l’enfance et de l’adolescence viennent à se multiplier d’une manière extrêmement significative. Un assez grand nombre de jeunes écrivains, dont le talent, inégal, est de la même sorte, ont dernièrement donné des romans de l’âge puéril, entre lesquels la parenté est évidente. Voici parmi les plus attrayants et les mieux médités, L’enfant inquiet, de M. André Obey, L’inquiète adolescence de M. Louis Chadourne, La vie inquiète de Jean Hermelin, de M. Jacques de Lacretelle. Les titres déjà se ressemblent ; et le sujet, par trois fois, est le même, la formation du caractère dans le hasard des années imprudentes et dans le trouble de la puberté. M. François Mauriac, l’auteur de L’Enfant chargé de chaînes et de La robe prétexte, après avoir dit, en vers, son Adieu à l’adolescence, retourne à peindre des adolescents et leur inquiétude : son nouveau roman, La chair et le sang, contient aussi des personnages de l’âge mûr ou décati, mais qui ne sont là que pour environner les jeux alarmants et les tourments subtils des adolescents.

La très jeune génération, dès avant la guerre, avait éveillé