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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/569

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dressent, maculées de suie, vers le ciel où déjà quelques étoiles scintillent. Là-bas le Mississipi, large de deux kilomètres, coule entre deux guirlandes lumineuses de lampes électriques qui se reflètent dans la moire obscure du grand fleuve. L’immense gare de Saint-Louis est pleine de monde. Il est huit heures. Cox est salué par une orchestration savante de sifflets de locomotive et franchit la salle des Pas perdus entre deux haies de curieux qui l’acclament. Il aura juste le temps de se rendre aux bureaux du Comité démocratique, de serrer les mains des politiciens locaux et de se hâter vers le Coliseum.

Imaginez une salle rectangulaire trois fois plus grande que l’Hippodrome de Paris et décorée à profusion, du parterre aux troisièmes galeries, avec des bannières étoilées. Au centre, une estrade est dressée, sur laquelle s’installent les invités du Comité. Tout autour de cet îlot d’auditeurs privilégiés, c’est un océan de têtes. Les travées entre les sièges sont remplies d’électeurs debout qui, patiemment, pendant deux heures, écouteront le discours du candidat. Il y a plus de quinze mille personnes dans cette halle que les lampes à arc inondent de lumière blafarde. Les femmes, aussi nombreuses que les hommes, manifestent autant d’intérêt que les électeurs mâles. Comme elles voteront cette année pour Cox ou pour Harding, elles veulent très consciencieusement se faire une opinion personnelle et comparer les mérites des deux candidats.

M. Cox paraît : les bravos crépitent, et les hourras entremêlent leurs diapasons variés. Il a l’air d’un pygmée sur l’estrade de cette salle géante. C’est un pygmée qui, deux heures durant, de toute la force de ses poumons, va s’efforcer de convaincre ses quinze mille auditeurs attentifs.


Peoria (Illinois), 12 octobre.

Son discours à peine fini, M. Cox monte dans l’automobile fleuri qui l’attend et qui le conduit à la gare. Le train repart dans dix minutes. Notre candidat, en passant, serre les mains des employés, des chauffeurs, des aiguilleurs, des hommes d’équipe, et rentre dans son wagon. Le train route toute la nuit et passe sur le territoire de l’Etat d’Illinois. Dès huit heures du matin, M. Cox, levé, recommence ses harangues. Entre son petit déjeuner et son repas de midi, il aura prononcé cinq discours de plus. Après l’effort qu’il a fourni hier soir, je m’étonne de le