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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/565

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en la Société des Nations, » comme on l’appelle dans la presse américaine. Une simplicité démocratique est ici de rigueur. M. Cox est baptisé familièrement « Jimmie ; » M. Morris « Charlie. » Comme il fait une chaleur excessive, -— nous sommes en plein été indien (indian summer), — les règles du protocole fléchissent sous la température, et l’on peut très bien converser avec Jimmie en manches de chemise. Signalons encore la présence d’un colosse coiffé du chapeau melon de rigueur. C’est l’agent de la police secrète chargé de veiller sur la sécurité de M. Cox.

Nous arrivons à New Albany, un village de quelque trois ou quatre mille habitants. Le passage du train présidentiel est un événement. Tous les fermiers des alentours sont venus dans leurs petits automobiles Ford, de sorte que la gare de cette modeste bourgade est entourée de plusieurs centaines de véhicules. Dans un pays où les voitures coûtent 400 dollars et où l’essence vaut 30 centimes le litre, il faut être un miséreux abandonné des dieux de Wall Street pour ne point rouler carrosse. Le classique chemineau lui-même rougirait ici de pérégriner à pied.

Des enfants sont juchés sur les poteaux télégraphiques. Un bambin se tient en équilibre au sommet du sémaphore. D’enthousiastes démocrates sont installés sur des piles de traverses. Le train s’arrête. Le Gouverneur Cox parait derrière la rampe de la plateforme. On l’acclame. Il prononce une harangue improvisée, très simple… Une mère qui tient son enfant dans ses bras s’approche. M. Cox tapote affectueusement la petite main du bébé et déclare que rien ne le touche plus que de se trouver en contact avec les jeunes représentants de la future Amérique. On l’applaudit. On siffle. Car les sifflets sont ici un signe d’approbation.

Il y a cinq minutes que parle M. Cox. « Tout le monde à bord ! » crie le manager du train, sans s’inquiéter de la péroraison du candidat. Le train s’ébranle lentement. M. Cox parle encore, serre des mains qui se tendent et rentre dans son wagon. Jusqu’à ce soir six heures, le train, s’arrêtera ainsi dans chaque bourgade importante de l’Ohio. Ici, M. Cox parlera pendant dix minutes. Là, il fera un discours plus long. A Bloomington, le comité local a construit une estrade sur la place du Capitole. La foule s’écrase devant l’estrade. Le gouverneur Cox