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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/552

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l’amiral royaliste Dousmanis, chef d’État-major et frère du général On en profitait pour changer les commandants et officiers vénizélistes, pour effrayer les timides, et ces préparatifs menaçaient d’aboutir à une dislocation du parti libéral. C’était partout le désordre des esprits, le manque de méthode, de direction, de prévoyance et l’absence d’énergie individuelle ; on eût dit un troupeau de moutons. Les vénizélistes avaient laissé se dresser devant eux le parti constantinien avec son ossature allemande, et ouvert ainsi une source de périls. A cette situation le service de renseignements anglo-français ne voyait qu’un remède : les Alliés devaient prendre le contrôle de toutes les administrations. Il faisait remarquer que plus on tardait, plus augmenteraient les difficultés.

Malgré tout cependant Vénizélos se décidait à se rendre en Crète. M. Guillemin, secondé par son attaché naval, s’occupait activement de ce départ. On avait d’abord étudié un projet d’embarquement comprenant une quarantaine d’officiers ; mais on reconnut parmi ce personnel un tel manque de décision, de discipline et de discrétion, qu’on prépara l’entreprise sans lui apprendre sous quelle forme elle s’effectuerait. On avait décidé qu’on attirerait l’attention sur le Pirée par leur embarquement rapide, pendant que celui de Vénizélos se produirait à Phalère. Tout ce monde devait partir par le vapeur Espéria, mouillé dans le fond du port du Pirée. Les officiers devaient y être transportés par la Résolue, pendant que Vénizélos s’y rendrait par une vedette canadienne, mouillée à Phalère. Le commandement de la Résolue avait été confié à l’enseigne Barbier ; il devait en prendre possession à minuit. Vingt-quatre heures avant, les officiers, au nombre d’une quarantaine, étaient venus chercher asile à l’Ecole Française, où le service des renseignements les garda et les nourrit pendant la journée en attendant de les conduire au quai d’embarquement.

Avant de partir, ils s’affublèrent de déguisements ; l’un partit avec un manteau d’uniforme français, un autre prit une fausse barbe, un troisième s’abrita sous une casquette d’officier de la marine française. Leur embarquement devait coïncider avec celui des canots majors de l’escadre, actuellement à Salonique, afin de profiter du brouhaha qui en résulterait. En conséquence, les embarquements eurent lieu au quai de l’horloge du Pirée, en trois fournées, à 6 heures, à 10 heures et à