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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/491

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guerre est toujours une chose terrible, et celle-là ne serait pas dans l’intérêt du peuple, mais de la maison royale. » Instruits, quoique commis-marchands. Ils me parlent de la madone de Saint-Sixte, de celle de Holbein ; ils savent le nom de Rubens et de Titien, les richesses de leur musée.

Tous les jours, et encore davantage aujourd’hui dimanche, je vois les bateaux à vapeur chargés, les cafés du parc et de la Terrasse et toutes les jolies restaurations le long de la rivière pleines de monde. À la Bastei, le long du chemin, c’était comme un pèlerinage, et en haut toujours de nouveaux arrivants. En général, petits bourgeois, et pas très beaux ; mais habits d’été propres et neufs, femmes et jeunes filles en étoffes claires, agréables à l’œil, souvent le buste recouvert d’une simple mousseline. Tout cela va à la campagne, aux cafés, sous les tonnelles, rit, mange et boit avec un vrai plaisir. Liberté d’expansion lorsque du wagon ils aperçoivent quelqu’un de connaissance. Le gendarme appelé « Ridicule » en France et « Selfrespect » en Angleterre, ne paraît pas exister ici.

Parti de Dresde à 7 heures du matin. — Riches plaines d’avoines, d’orges, prairies ; lignes de collines sur la gauche ; vers Pirna, elles vont se rapprochant, et on chemine le long de l’Elbe dans une vallée étroite, enserrée par deux cordons de montagnes abruptes, grises, semblables à des murs, et excavées çà et là par des carrières.

Descendu à Wehlen, et de là pendant une heure et demie, par la plus charmante route du monde, jusqu’à la Bastei. C’est une longue gorge tournante large de 30 à 40 pas, entre de prodigieux blocs de grès perpendiculaires entassés comme des piliers et des môles. Dans toutes leurs fentes, dans leurs intervalles, à toutes les hauteurs, des sapins, juchés, accrochés ; et la variété la plus étonnante de recoins, de fissures, de hautes crêtes et des clochers jetés au hasard, jaunis de Schwefelmoos [1], et dentelant le ciel bleu presque à pic au-dessus de nos têtes. Plus on s’avance, plus les tapis de myrtilles deviennent épais, plus l’humidité universelle entretient de plantes vertes, de fleurs frêle-et fraîches, plus les énormes parois des blocs sont moussues, plus la vallée se rétrécit en corridor. On remonte enfin, et sous un soleil ardent, à travers des pins rougeâtres jetés çà et là, et des

  1. Variété de mousse.