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Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/463

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complet, et non des villes provinciales éteintes. 2o Parce que c’est le moyen d’attirer peu à peu à nous les États au-dessous du Mein et plus tard les Allemands d’Autriche. Beaucoup d’Allemands autrichiens souhaitent maintenant l’État unitaire ; mais il est antipathique à la Bavière, au Wurtemberg : le particularisme est un des goûts de l’Allemand. Si le chassepot français ou russe n’intervient pas, il y a chance pour que la confédération actuelle dure ; à moins d’être provoqués, les Allemands ne se précipiteront pas dans l’unité. »

Très poli et sympathique pour la France. « Mais pourquoi cette loi sur les maires, et l’intervention du gouvernement dans leur nomination ? » Je lui explique notre manque de leaders, et la défiance réciproque de l’habit et de la blouse chez nous, avec détails sur le mécanisme des élections. Il est intéressé, étonné. « Pour nous, une élection ne coûte pas un thaler au candidat, sauf peut-être dans la Prusse orientale quelques banquets offerts par un grand seigneur membre de la Chambre haute. Moi, mon élection m’a coûté une insertion de trois lignes dans le journal pour dire que je me présentais. Pas de méfiance entre les classes, chez nous. J’étais procureur général, j’avais exercé, j’étais connu dans mon district : on m’a nommé spontanément au Conseil municipal, de là à l’Ausschuss [1] du district, de là à la Chambre des députés du duché, de là au Reichstag. La société est organisée ; il y a une série de degrés depuis les Handarbeiter [2] jusqu’aux petits fermiers propriétaires, puis aux gros paysans propriétaires, puis aux gens de ma classe et de mon éducation ; chaque degré connaît l’intérieur et a influence sur lui ; les maires, gros paysans que j’ai connus au Conseil municipal, m’ont fait nommer par leurs communes député à la Chambre de Weimar. Autres intermédiaires très influents : les Pfarrer et les Lehrer [3]. Le Pfarrer est invité chez les gros paysans, cause avec eux, est respecté ; sa femme connaît leurs femmes. Le maître d’école épouse une fille de petit propriétaire rural, a deux ou trois cents thalers par an et le logis, est secrétaire de la commune. Ces gens-là me connaissaient, m’avaient vu dans mes fonctions. Ils sont plus influents que chez vous, surtout les maires, car dans notre Allemagne centrale ils sont

  1. Assemblée.
  2. Manœuvres.
  3. Pasteurs et instituteurs.